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LeadElles

mardi, août 25, 2026 14:49
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Pr Sika DOSSIM, Pharmacien-biologiste, professeur de bacteriologie-virologie à l’Université de Kara

Il y a des parcours qui dépassent la seule réussite professionnelle pour devenir des repères. Celui de la Pr Sika DOSSIM est de ceux-là. Première femme pharmacienne togolaise à accéder au prestigieux grade de professeure des universités, elle a franchi une à une les étapes d’un itinéraire scientifique exigeant, jusqu’à s’imposer comme une voix qui compte dans la pharmacie, la biologie médicale, la bactériologie et la virologie au Togo. Derrière cette consécration se dessine le parcours d’une femme de science, d’une enseignante passionnée et d’une pionnière dont la trajectoire porte un message puissant : celui d’une femme qui n’a pas seulement réalisé son propre rêve, mais qui contribue désormais à rendre le chemin plus accessible à celles qui oseront lui emboîter le pas.

Avec rigueur, détermination et une remarquable fidélité à la transmission du savoir, la Pr Sika DOSSIM a su transformer les obstacles en leviers et sa réussite en source d’inspiration pour toute une génération. Dans cet entretien accordé à LeadElles, elle se livre avec sincérité sur les étapes marquantes de son parcours, les défis de la recherche et de la biologie médicale au Togo, la progression de la résistance aux antibiotiques, mais aussi sur son engagement à encourager davantage de jeunes filles à investir les filières scientifiques et à aller aussi loin que leurs ambitions le leur permettront.

Voici l’intégralité de l’interview

LeadElles :  Vous êtes la première femme pharmacienne togolaise à accéder au grade de professeure des universités. Que représente cette étape dans votre parcours?

Pr Sika DOSSIM : Cette étape est pour moi l’aboutissement d’une vision. J’ai émis le vœu de devenir pharmacienne, chemin faisant la recherche et l’enseignement ont été un choix. Quand je m’engageais dans la carrière universitaire je ne savais pas que je serai la première femme pharmacienne professeur des universités au Togo. Ce plus j’espère sera le moteur afin que d’autres jeunes filles et femmes s’engagent à aller aussi loin que possible dans leur parcours universitaire et professionnel.

LeadElles : Vous avez atteint ce niveau de responsabilité relativement jeune. Quels ont été les principaux défis qui ont jalonné votre parcours scientifique et universitaire?

Pr Sika DOSSIM : Les défis, il y en a tellement cependant j’ai pour habitude de toujours voir le bon côté des choses à chaque obstacle. Ce n’est certes pas aisé de faire un parcours scientifique sans aide financière à la recherche cependant force est de constater que j’ai pu tout au long de mes stages à l’extérieur engager des coopérations qui m’ont permis d’y arriver.

LeadElles : Qu’est-ce qui vous a particulièrement orientée vers la bactériologie et la virologie?

Pr Sika DOSSIM : Le laboratoire est venu à moi tout seul. En effet, dès que j’ai pu observer une bactérie au microscope à l’occasion des travaux pratiques, je n’ai plus été la même. Alors faire de ces êtres microscopiques mes compagnons professionnels était plus qu’une évidence.

LeadElles :  En tant que pharmacienne-biologiste et responsable d’un laboratoire de biologie médicale, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels la biologie médicale est confrontée au Togo?

Pr Sika DOSSIM : La biologie médicale au Togo est confrontée à un manque cruel en ressources humaines qualifiées. En effet, nous sommes peu de pharmaciens et de médecins biologistes pour tout le Togo. Le laboratoire est une aide au diagnostic et au suivi du patient donc un élément important pour toute structure sanitaire. Hormis les ressources humaines, nous avons également de fréquentes ruptures en réactifs par nos fournisseurs locaux. Néanmoins malgré ces défis, le secteur de la biologie au Togo se démène afin d’assurer de bonnes prestations.

Lire aussi : Qui est Nabou Fall, cette voix influente du leadership féminin africain ?

LeadElles : La résistance aux antibiotiques constitue une préoccupation mondiale. Quelle est, selon vous, l’ampleur du phénomène au Togo et quelles réponses doivent être privilégiées ?

Pr Sika DOSSIM : La résistance bactérienne aux antibiotiques au Togo ne cesse d’évoluer considérablement. Hélas, nous le constatons au quotidien au laboratoire. Selon moi, la sensibilisation doit être continue et soutenue. En effet, si la population sait qu’il ne faut pas prendre des antibiotiques à tout va sans réel besoin et sans un avis médical, on parviendra déjà à réduire la consommation et donc à lever la pression de sélection des bactéries résistantes. Par ailleurs, il faut penser à rendre disponibles et effectifs des laboratoires de bactériologie au plus proche de la population.

 LeadElles : Face à l’automédication et au mauvais usage des antibiotiques, quelles attitudes les populations doivent-elles adopter pour limiter les risques?

Pr Sika DOSSIM : La population est responsable de sa santé. Des moyens de prévention et d’éducation à la santé existent dans le pays et au sein de chaque district sanitaire. La population doit être plus responsable afin d’avoir les bonnes informations et les bons réflexes en cas de maladie. Il faut savoir que l’automédication n’est pas celle recommandée car pouvant causer plus de tord au malade. Il faut donc se rendre au sein d’une structure de soins afin d’avoir le bon traitement et surtout suivre scrupuleusement les recommandations du soignant. Je réitère le fait que les antibiotiques ne doivent être pris que lorsque l’infection est d’origine bactérienne et suivant une prescription médicale. Il faut également éviter de prendre des médicaments de rue car ces derniers sont des produits illicites et donc dangereux pour la santé.

LeadElles : Vous accordez également une place importante à la sensibilisation sur l’hygiène des mains. Pourquoi ce geste demeure-t-il un enjeu majeur de santé publique?

Pr Sika DOSSIM : Le moyen le plus sûr d’éviter les maladies reste l’hygiène : corporelle et environnementale. La population étant responsable de sa santé, il faudrait que le lavage régulier des mains à l’eau et au savon puisse être un réflexe acquis et à transmettre au sein de la cloison familiale. Ce simple geste prévient de nombre d’affections liées au péril fécal. Ces maladies ayant une prévalence élevée au sein de notre pays. En bref, l’incidence de beaucoup de maladies au sein de notre pays diminuerait grâce à l’adoption des gestes d’hygiène.

LeadElles : En tant que responsable universitaire, quelles sont vos priorités pour la formation et l’accompagnement des nouvelles générations de professionnels de santé et de chercheurs?

Pr Sika DOSSIM : Nous faisons partie depuis plus de 10 ans à la formation de jeunes professionnels de santé au sein du pays. Nous les accompagnons au plan académique ainsi qu’au plan de la recherche. Au plan de la recherche nous sommes limités par la disponibilité de ressources. Nos priorités sont axées sur le plaidoyer afin d’améliorer les plateaux techniques dédiés à la recherche au sein de nos universités afin d’élever le niveau de formation de nos apprenants.

LeadElles : Vous êtes aujourd’hui une référence pour de nombreuses jeunes filles intéressées par les sciences. Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui freinent encore leur accès aux carrières scientifiques?

Pr Sika DOSSIM : Le plus grand obstacle des jeunes filles à accéder aux filières scientifiques reste les préjugés. Il faut qu’on les déconstruise afin que plein de jeunes élèves sachent que le cerveau n’a pas une préférence de filière selon qu’il appartient à des femmes ou à des hommes. Plutôt c’est la société qui fait croire à tous que la logique mathématique est destinée aux hommes et celle littéraire aux femmes or ce sont bien les femmes qui gèrent les finances (popote) du couple avec une dextérité mathématique afin que cela puisse suffire.

LeadElles : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles togolaises qui rêvent de devenir pharmaciennes, biologistes, médecins ou chercheures?

Pr Sika DOSSIM : Un rêve est facile à construire cependant, il faut le concrétiser et s’y tenir malgré les obstacles car rien de grand ne se crée sans obstacles. A mes jeunes sœurs togolaises je dirai : « Croyez en vous, croyez en vos rêves. Vous êtes capables de plus que vous ne pouvez l’imaginez. Osez, sortez de votre zone de confort car, c’est dans l’inconfort que se trouve la réussite. »

Merci

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