Dans un contexte où les femmes demeurent encore confrontées à des barrières sociales, institutionnelles et culturelles qui limitent leur accès aux espaces de décision, la question du leadership féminin s’impose plus que jamais comme un enjeu de société. Entre compétences, légitimité, confiance en soi, transformation des mentalités et responsabilité collective, l’accès des femmes aux postes de responsabilité ne saurait se réduire à une simple question de représentation. Il touche directement à la qualité de la gouvernance et aux perspectives de développement inclusif.

Diplomate de formation, engagée depuis plus d’une décennie dans les domaines du développement, de la gouvernance et de la promotion de l’égalité de genre, Jolly Emefa Akpalu (JEA) porte un regard nourri par une expérience professionnelle construite entre coopération internationale, diplomatie et leadership féminin. Ancienne cheffe de cabinet et assistante diplomatique à l’Ambassade du Brésil au Togo, elle a également dirigé le Sommet national du leadership féminin du Togo. Dans cet entretien accordé à LeadElles, elle décrypte les obstacles qui continuent de freiner l’ascension des femmes, plaide pour une transformation des cadres institutionnels et sociaux et insiste sur la nécessité d’un leadership fondé sur la compétence, la vision et la capacité à créer un impact durable.
Voici l’intégralité de l’interview
LeadElles : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs/lectrices, en revenant brièvement sur votre parcours, votre domaine d’expertise et votre engagement en faveur de l’égalité de genre et du leadership féminin ?
JEA : Je suis diplomate de formation et professionnelle engagée depuis plus d’une décennie dans le développement, la gouvernance et la promotion de l’égalité de genre, avec des expériences en coopération internationale et en diplomatie.
Mon engagement a commencé dès le cours primaire, à travers le sport et la vie associative, qui ont forgé mon sens du service et de la responsabilité et progressivement orienté mon parcours.
Au fil des années, ma trajectoire professionnelle s’est construite à travers des formations, des missions de consultance et d’expertise, ainsi que différentes responsabilités dans les domaines du développement, de la gouvernance, du genre et du leadership féminin, notamment à la tête du Sommet national du leadership féminin du Togo. J’ai également travaillé avec des partenaires techniques et financiers sur des projets contribuant au développement des États, dans différents contextes nationaux.
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Par la suite, j’ai exercé à l’Ambassade du Brésil au Togo comme cheffe de cabinet et assistante diplomatique de l’Ambassadeur, avec également des responsabilités liées aux questions de genre. Cette expérience m’a permis d’évoluer au cœur des enjeux de représentation, de décision, de coopération et de développement.
Aujourd’hui, le fil conducteur de mon engagement reste de contribuer au développement et à la construction de sociétés plus inclusives, en favorisant la participation des femmes et des jeunes aux espaces de responsabilité et de décision, au niveau national comme international.
LeadElles : Quel est aujourd’hui le principal obstacle qui freine encore l’accès des femmes aux postes de décision et de leadership ?
JEA : À mon sens, le principal obstacle reste la persistance de normes sociales et de rapports de pouvoir qui continuent de définir, parfois implicitement, ce qu’une femme peut être, faire ou devenir.
Les femmes disposent aujourd’hui des compétences, des qualifications et des ambitions nécessaires, mais elles évoluent encore dans des environnements où le pouvoir et la prise de décision restent largement associés aux hommes. Cela se traduit par des biais et des stéréotypes, une sous-représentation dans certaines instances de décision, mais aussi par des contraintes sociales et familiales qui peuvent freiner leur accès et leur progression dans les espaces de leadership.
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Certaines femmes peuvent également être affectées par une socialisation qui limite leur confiance ou leur capacité à se projeter dans des fonctions de responsabilité. Mais il ne faut pas perdre de vue que le problème est avant tout systémique.
La réponse doit donc être collective : agir sur les mentalités, les politiques publiques, les pratiques institutionnelles et professionnelles, l’accès aux ressources et aux réseaux, tout en travaillant dès le plus jeune âge sur l’éducation des filles et des garçons.
« L’enjeu n’est pas d’accorder aux femmes une place par faveur, mais de lever les barrières qui les empêchent encore d’occuper pleinement la place qu’elles ont les compétences et la légitimité d’occuper. »
LeadElles : Comment l’égalité entre les femmes et les hommes peut-elle contribuer concrètement au développement économique et social ?
JEA : L’égalité entre les femmes et les hommes est avant tout une question de justice et de droits, mais elle constitue également un véritable levier de développement économique et social.
Lorsqu’une société permet aux femmes d’accéder pleinement à l’éducation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, aux ressources économiques et aux espaces de décision, elle mobilise une plus grande part de son capital humain. À l’inverse, lorsque des femmes sont limitées dans leurs possibilités en raison de leur sexe, c’est l’ensemble de la société qui perd des compétences, des talents, des idées et des capacités d’innovation.
Par ailleurs, « l’égalité de genre contribue à améliorer la qualité des politiques publiques. » La participation des femmes aux processus de décision permet de mieux prendre en compte la diversité des expériences, des besoins et des priorités de la population, et donc de construire des politiques plus inclusives et mieux adaptées.
Au-delà de cela, les effets sont également intergénérationnels : l’autonomie économique, l’éducation et le pouvoir de décision des femmes ont des répercussions positives sur les familles et les communautés.
Enfin, « l’égalité de genre n’est pas une question réservée aux femmes. » C’est une question de développement qui concerne toute la société. « Investir dans l’égalité, c’est investir dans le capital humain et créer les conditions d’un développement plus inclusif, durable et équitable. »
LeadElles : Quelles compétences et attitudes les femmes doivent-elles renforcer pour affirmer davantage leur leadership et s’imposer dans les espaces de décision ?
JEA : Je pense qu’il est important, avant tout, que les femmes développent une solide confiance en elles et en leurs compétences, et qu’elles aient pleinement conscience de leur valeur et de leur légitimité à occuper des postes à responsabilité et à participer aux espaces de décision.
Elles doivent également renforcer leurs compétences techniques et transversales : communication, négociation, prise de décision, gestion d’équipe, développement de réseaux, capacité à défendre leurs idées et à porter une vision. Une femme qui aspire à des responsabilités doit maîtriser son domaine, mais aussi savoir faire entendre sa voix et se positionner dans des environnements parfois très compétitifs.
Nous devons également développer une véritable intelligence stratégique : savoir identifier les opportunités, comprendre les environnements dans lesquels nous évoluons, construire des alliances, valoriser notre expertise et savoir nous positionner au bon moment. « Le leadership ne repose pas uniquement sur les compétences ; il repose aussi sur la capacité à transformer ces compétences en influence et en impact. »
Enfin, je crois beaucoup au mentorat, au partage d’expérience et à la solidarité entre femmes. Nous n’avons pas à devenir quelqu’un d’autre pour être des leaders. « Nous pouvons construire un leadership qui nous ressemble, fondé sur nos compétences, nos valeurs et notre vision. » « Lorsqu’une femme ouvre une porte, il est important qu’elle contribue aussi à en ouvrir d’autres pour celles qui viennent après elle. »
Au fond, il ne s’agit pas seulement pour les femmes de « s’imposer », mais de construire leur légitimité, d’assumer leur ambition et d’exercer pleinement leur capacité à influencer, décider et transformer durablement leur environnement.
LeadElles : Quels rôles doivent jouer les institutions, les entreprises et la société civile pour créer un environnement plus inclusif et favorable à l’épanouissement du leadership féminin ?
JEA : Les institutions, les entreprises et la société civile ont chacune un rôle essentiel à jouer, car le leadership féminin ne peut pas reposer uniquement sur les efforts des femmes elles-mêmes. Il faut créer un environnement qui permette à toutes les femmes, y compris celles en situation de handicap ou confrontées à des barrières spécifiques, de développer leur potentiel, d’accéder aux opportunités et d’exercer des responsabilités.
D’abord, les institutions publiques doivent mettre en place et appliquer des politiques et des cadres favorisant l’égalité, la participation des femmes et leur accès aux postes de décision. Cela implique notamment d’intégrer systématiquement le genre dans les politiques publiques, les budgets et les mécanismes de gouvernance, mais aussi de garantir des processus de recrutement, de promotion et de nomination plus transparents et équitables.
Les entreprises et les organisations, quant à elles, doivent créer des environnements professionnels sûrs, inclusifs et exempts de discrimination, de harcèlement et de violences basées sur le genre. Cela passe par des politiques claires, des mécanismes de signalement accessibles et confidentiels, ainsi que par l’accessibilité des espaces, des outils et des conditions de travail pour les personnes en situation de handicap. Le mentorat, le développement des compétences, l’accompagnement des carrières et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle sont également essentiels.
De son côté, la société civile joue un rôle majeur de sensibilisation, de plaidoyer, de formation et d’accompagnement. Elle contribue à déconstruire les stéréotypes, à faire évoluer les mentalités et à donner davantage de visibilité aux femmes qui prennent des responsabilités dans différents secteurs.
Enfin, « les hommes doivent être pleinement associés à cette transformation. » « L’égalité de genre n’est pas une affaire de femmes contre les hommes : c’est une responsabilité collective. » Les hommes, notamment ceux qui occupent des positions de décision, peuvent être de véritables alliés en soutenant les femmes, en remettant en question les biais et en contribuant à faire évoluer les pratiques.
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Créer un environnement favorable au leadership féminin, c’est faire en sorte que les compétences et le potentiel d’une femme ne soient plus limités par son genre, son handicap ou d’autres barrières structurelles, mais puissent pleinement s’exprimer et contribuer au développement de nos sociétés.

LeadElles : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes femmes qui ambitionnent d’entreprendre, de diriger et d’occuper des postes de responsabilité ?
JEA : Aux jeunes femmes qui ambitionnent d’entreprendre, de diriger et d’occuper des postes de responsabilité, je voudrais dire : ayez une vision claire de ce que vous souhaitez accomplir et construisez les compétences, les expériences et les réseaux nécessaires pour y parvenir. Croyez en votre potentiel et ne laissez ni les préjugés ni les barrières limiter vos aspirations.
« Osez prendre votre place, assumer vos responsabilités et porter votre voix ». Lorsque vous franchissez une porte, pensez à en ouvrir d’autres pour celles qui viendront après vous.
Je vous remercie
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