Dans les airs comme dans la vie, certaines trajectoires sont guidées par une conviction qui dépasse le simple choix professionnel. Chrystalinha De Souza a déjà parcouru plusieurs univers avant de poser durablement ses valises dans l’aviation. De l’accueil premium à bord des TGV à la pâtisserie de luxe, puis au personnel navigant commercial, cette Togolaise installée à Paris construit un parcours marqué par le travail, la discipline, le goût du voyage et surtout une profonde foi en son destin.
Hôtesse de l’air, elle considère pourtant son métier bien au-delà d’une profession. Pour elle, l’aviation est l’aboutissement d’un rêve d’enfance devenu, au fil des années, une véritable vocation. Dans un entretien accordé à L’intelligentsia, Chrystalinha De Souza revient sur son parcours, les exigences du métier, les sacrifices qu’il impose, mais aussi sur son ambition de contribuer demain à la formation des jeunes Africains dans le secteur aérien.
Un rêve d’enfance devenu réalité
Avant-dernière d’une famille de neuf enfants, Chrystalinha De Souza a grandi avec une fascination particulière pour les avions. Chaque appareil aperçu dans le ciel nourrissait son imaginaire et renforçait progressivement son envie de découvrir cet univers.
« Depuis toute petite, j’ai toujours été fascinée par les avions. Chaque fois que je levais les yeux vers le ciel et que j’apercevais un avion passer au-dessus de moi, c’était comme une invitation au rêve », confie-t-elle.
Son premier véritable contact avec le monde aérien remonte à l’âge de six ans, lors d’un voyage effectué avec ses parents pour rentrer au Togo pendant les vacances. La jeune Chrystalinha découvre alors les hôtesses de l’air et leur manière d’accompagner les passagers avec calme, élégance et professionnalisme.
Cette expérience va durablement marquer son esprit. « J’ai été totalement émerveillée par la douceur, la bienveillance et le professionnalisme des hôtesses », se souvient-elle.
Derrière l’uniforme et les voyages, elle découvre surtout une mission : rassurer, servir, protéger et prendre soin des autres. Le métier apparaît ainsi comme le point de rencontre entre son amour du voyage et son désir d’être utile.
Mais au-delà de cette fascination, Chrystalinha De Souza voit une dimension spirituelle dans son parcours. « Me lancer dans cette carrière a donc été plus qu’un choix professionnel, c’était pour moi l’accomplissement d’un rêve d’enfant. Au-delà de ce rêve de petit enfant, pour moi c’est un appel de Dieu », affirme-t-elle.
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Elle poursuit avec une conviction qui résume toute sa philosophie. « Je ne sais pas pourquoi Dieu a déposé cela dans mon cœur. Mais on dit souvent : quand Dieu dépose quelque chose dans votre cœur, soyez sûrs que cela va s’accomplir. Et il finit toujours ce qu’il a commencé », a-t-elle déclaré.
Des rails du TGV aux couloirs des avions
Avant de rejoindre l’univers aérien, la jeune Togolaise a construit une première expérience professionnelle dans le transport ferroviaire. Pendant cinq ans, elle travaille comme hôtesse de train à grande vitesse, notamment dans le service premium en compartiment business.

Elle effectue ensuite une transition d’un an dans une pâtisserie de luxe au cœur de Bruxelles avant de rejoindre définitivement le secteur aérien, dans lequel elle évolue depuis cinq ans.
Son premier vol professionnel de familiarisation est effectué à destination de la Corse. Une étape particulière dans la carrière d’une hôtesse de l’air, puisqu’elle permet notamment de valider les compétences et de s’adapter progressivement à l’environnement de travail.
« Je n’ai pas de mot pour décrire ce que j’ai ressenti. J’ai versé une larme et remercié Dieu pour le moment que j’étais en train de vivre », raconte-t-elle.
L’envers du décor d’un métier qui fait rêver
Si le métier d’hôtesse de l’air fascine par les destinations, les uniformes et l’univers du voyage, Chrystalinha De Souza rappelle qu’il repose surtout sur de lourdes responsabilités.
La fatigue constitue l’un des premiers défis. Les horaires irréguliers, les longues rotations et les décalages horaires imposent une importante capacité d’adaptation.
« Ce que beaucoup de personnes ont du mal à comprendre, c’est que pour eux nous servons uniquement du thé, du café ou un repas poisson ou viande à bord », lance-t-elle avec humour. Derrière cette apparente légèreté, la réalité est beaucoup plus exigeante. « À cause de la pression et de beaucoup d’autres facteurs, travailler dans les airs fatigue trois fois plus que travailler sur Terre. »
La professionnelle doit pourtant rester constamment attentive, souriante et disponible. Une exigence qui peut devenir particulièrement éprouvante pendant les périodes de forte activité. « Il m’arrive parfois en haute saison de pleurer de fatigue », reconnaît-elle.
À cette fatigue s’ajoute la responsabilité liée à la sécurité. Les hôtesses de l’air sont formées pour intervenir lors de situations d’urgence, qu’il s’agisse de problèmes médicaux, de turbulences sévères, d’incendies ou d’une éventuelle évacuation.
« Être hôtesse de l’air signifie être formée pour faire face à des situations d’urgence, qu’elles soient médicales ou liées à la sécurité du vol », explique-t-elle.
Le contact avec les passagers constitue également une autre dimension exigeante du métier. Face à des personnes anxieuses, stressées ou parfois agressives, le personnel navigant doit savoir conserver son calme et son professionnalisme.
À cela s’ajoutent les longues absences du domicile, les contraintes physiques et la pression émotionnelle. « Il faut donc savoir faire preuve de patience, de compassion, et rester souriante, même dans les moments les plus difficiles », souligne-t-elle.
Une vie personnelle soumise à l’organisation
Le caractère nomade de la profession bouleverse également les habitudes personnelles. Pour Chrystalinha De Souza, concilier carrière et vie familiale demande une organisation particulièrement rigoureuse.
Avec humour, elle raconte avoir autrefois imaginé un tout autre scénario pour sa vie. « J’ai toujours dit que je serais mariée avec quatre enfants à 25 ans. Aujourd’hui j’ai 31 ans, célibataire sans enfants », dit-elle en riant.
Son quotidien professionnel rend en effet difficiles les relations sociales et familiales traditionnelles. « J’ai déjà beaucoup de mal à voir mes amis, ma famille, même mes proches qui vivent à seulement 20 minutes de chez moi », explique-t-elle.
Dans son univers professionnel, le week-end ne possède d’ailleurs pas la même signification que pour les personnes travaillant selon des horaires classiques. « Quand beaucoup sont contents parce que c’est le week-end, c’est peut-être là que ma semaine commence », résume-t-elle.
« Garder sa dignité » : le conseil qu’elle adresse aux jeunes Africaines
Chrystalinha De Souza porte également un regard lucide sur les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les jeunes femmes qui souhaitent intégrer le secteur aérien, notamment en Afrique.
Interrogée sur la question du harcèlement, elle précise ne pas en avoir personnellement été victime et estime que le cadre professionnel dans lequel elle évolue à Paris comporte des mécanismes de prévention et d’encadrement. Elle refuse toutefois de généraliser à partir de sa propre expérience.
Elle insiste néanmoins sur la nécessité de renforcer la protection des jeunes femmes dans certains contextes africains.
Son premier conseil est sans ambiguïté : « Garder sa dignité !! »
Pour elle, aucune opportunité professionnelle ne devrait justifier de renoncer à ses valeurs ou à son intégrité. Elle encourage également les aspirantes à travailler leur anglais, à renforcer leurs capacités de communication, à se préparer physiquement et mentalement et à apprendre à gérer le stress et la fatigue.
« Devenir hôtesse de l’air, c’est s’ouvrir à un monde plein de découvertes et de rencontres, mais c’est aussi un métier qui exige discipline, sacrifice et résilience », insiste-t-elle.
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Former une nouvelle génération de professionnels africains
Son ambition ne s’arrête cependant pas à son parcours personnel. Chrystalinha De Souza nourrit déjà un projet qui pourrait avoir une portée plus large : créer une école de formation destinée aux hôtesses de l’air et aux stewards en Afrique.
L’objectif est de contribuer à répondre aux besoins croissants du secteur aérien africain en mettant l’accent sur la qualité de la formation et l’adaptation aux standards internationaux.
« Je souhaite créer une école de formation d’hôtesses de l’air et de stewards en Afrique pour répondre à un besoin croissant dans le secteur aérien africain », annonce-t-elle.
À ses yeux, le développement du transport aérien sur le continent doit nécessairement s’accompagner d’un investissement dans les compétences humaines. Former des professionnels qualifiés permettrait ainsi d’offrir davantage de perspectives aux jeunes Africains et de renforcer leur accès aux métiers de l’aviation.
Et parce que les grands rêves ne semblent jamais très loin dans son parcours, Chrystalinha De Souza en nourrit un autre, encore plus ambitieux : créer un jour sa propre compagnie aérienne.
« Le rêve ultime, bien sûr, c’est d’avoir ma compagnie aérienne, si un jour Dieu me le permet », confie-t-elle.

Du rêve d’une petite fille qui regardait les avions traverser le ciel à l’ambition d’apporter sa pierre au développement de l’aviation africaine, Chrystalinha De Souza poursuit ainsi une trajectoire où passion, travail, résilience et foi se conjuguent. Son histoire rappelle surtout qu’un rêve d’enfance peut parfois devenir une vocation, puis se transformer en ambition collective.
