La propagation du virus Ebola de Bundibugyo au-delà des frontières de la République démocratique du Congo (RDC) ravive les inquiétudes sanitaires en Afrique. Avec un cas importé confirmé au Nigeria, neuf cas signalés au Kenya, dont un décès, et une épidémie toujours meurtrière en RDC, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle à une riposte régionale renforcée. L’urgence est double : limiter les nouvelles contaminations et empêcher l’apparition de chaînes de transmission dans les pays voisins.
Depuis Brazzaville, le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Mohamed Janabi, a alerté sur un contexte épidémique continental devenu « plus complexe », sous l’effet notamment des déplacements de population et des insuffisances des systèmes de santé. Face à une menace qui ignore les frontières nationales, il plaide pour une coordination accrue des dispositifs de surveillance et d’intervention.
« Le virus Ebola peut traverser les frontières, mais nous savons comment enrayer la transmission lorsque nous agissons rapidement et de manière décisive », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
La RDC toujours au cœur de l’épidémie
La situation demeure particulièrement préoccupante en République démocratique du Congo. L’épidémie s’est étendue à une huitième province et touche désormais 66 zones de santé. Au 20 octobre, les autorités recensaient 9 552 cas confirmés et 4 602 décès signalés. Parallèlement, 937 patients étaient en isolement ou hospitalisés, tandis que 2 550 personnes avaient guéri.
L’extension géographique de la maladie complique davantage le travail des équipes médicales, confrontées à des besoins croissants en matière de prise en charge, de surveillance et de protection du personnel soignant.
Plus de 300 infections et environ 48 décès ont ainsi été signalés parmi les professionnels de santé mobilisés contre l’épidémie. Ces pertes fragilisent les capacités de réponse dans des zones où les ressources médicales sont déjà fortement sollicitées.
« Chaque cas d’infection parmi les professionnels de santé est une tragédie personnelle et porte un coup à la capacité de riposte », a souligné Mohamed Janabi. La protection des soignants apparaît dès lors comme une condition essentielle pour maintenir les services de prise en charge et limiter la propagation du virus.
Six décès sur dix hors des centres de traitement
Dans l’est de la RDC, les difficultés d’accès aux structures médicales constituent un autre obstacle majeur. Environ six décès récents sur dix sont survenus en dehors des centres de traitement. Cette proportion met en évidence les retards dans la détection des cas et l’accès parfois difficile à des soins adaptés.
L’enjeu consiste donc à identifier les personnes infectées plus tôt, à rapprocher les services de santé des communautés touchées et à faciliter l’orientation rapide des malades vers des structures sécurisées.
« Nous devons atteindre les populations plus tôt, rapprocher les soins sûrs et renforcer la confiance avant que la peur ne devienne un obstacle à la survie », a insisté le responsable régional de l’OMS.
La confiance des populations reste, en effet, déterminante. Sans leur participation, les équipes sanitaires peinent à repérer les personnes exposées, à suivre les contacts et à détecter rapidement de nouveaux foyers. La surveillance épidémiologique doit donc s’accompagner d’un dialogue permanent avec les communautés afin de favoriser le recours précoce aux soins.
Le Nigeria et le Kenya sous surveillance
La confirmation d’un cas importé au Nigeria et les neuf cas signalés au Kenya, dont un décès, illustrent les risques de propagation au-delà des foyers initiaux. Ces signalements renforcent la nécessité d’une vigilance accrue dans les pays exposés, notamment en Ouganda, où la préparation sanitaire doit rester une priorité.
En collaboration avec les autorités nationales, le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC) et ses partenaires, l’OMS articule sa réponse autour de trois axes : améliorer l’accès rapide aux soins pour réduire la mortalité, intensifier les enquêtes épidémiologiques et le suivi quotidien des contacts, puis maintenir un niveau élevé de préparation dans les zones à risque et les pays voisins.
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L’organisation appelle les gouvernements concernés à renforcer la surveillance transfrontalière, à partager rapidement les informations sanitaires et à soutenir les équipes engagées sur le terrain. Elle insiste également sur la nécessité d’associer les communautés à la prévention et à la détection précoce des contaminations.
Pour l’OMS, la rapidité d’intervention et la solidarité entre États seront décisives pour contenir l’épidémie. Dans un contexte marqué par la mobilité des populations et les capacités inégales des systèmes de santé, aucun pays ne peut se considérer totalement à l’abri.
« Je suis fermement convaincue qu’aucun pays n’est à l’abri tant que tous les pays ne sont pas préparés. Nous devons donc désormais nous concentrer sur l’action, la détection précoce, la réponse rapide et la solidarité régionale », a conclu Mohamed Janabi.