Une urgence sanitaire mondiale se joue dans les assiettes des plus petits. Dans une lettre ouverte datée du 30 octobre 2026, l’Organisation Africaine des Consommateurs (OAC) a lancé un appel solennel aux gouvernements du continent. L’objectif : faire front commun lors de la 45ᵉ session du Comité du Codex sur la nutrition et les aliments diététiques ou de régime (CCNFSDU) qui va s’ouvrir à Nuremberg, en Allemagne du 2 au 6 novembre 2026 afin d’obtenir l’interdiction stricte des sucres ajoutés dans tous les produits alimentaires destinés aux enfants de 6 à 36 mois.
Alors que l’OAC exige le bannissement des sucres ajoutés chez les moins de 3 ans, pédiatres et nutritionnistes tirent la sonnette d’alarme sur les ravages sanitaires d’une exposition trop précoce.
Un surpoids infantile en forte progression en Afrique
Face à une double charge nutritionnelle, la sous-alimentation cohabite désormais avec une augmentation rapide de l’obésité urbaine, l’organisation rappelle que la protection de la petite enfance reste le levier le plus efficace pour infléchir ces courbes de santé publique. Derrière cette bataille réglementaire se cache un impératif de santé publique : protéger le métabolisme des nourrissons avant qu’il ne soit trop tard.
Pour l’OAC, la situation actuelle exige une révision immédiate des normes internationales en vigueur. L’introduction précoce de sucres industriels dans l’alimentation de complément modifie durablement les préférences gustatives des enfants et fait le lit de maladies chroniques futures, telles que le diabète de type 2 et les troubles cardiovasculaires.
Le Codex Alimentarius au cœur de la bataille
La 45ᵉ session du CCNFSDU représente un rendez-vous stratégique majeur. Les normes du Codex Alimentarius, co-administrées par l’OMS et la FAO, servent de référence légale pour le commerce international des denrées alimentaires. En poussant pour une réglementation contraignante, l’OAC souhaite empêcher les industriels de commercialiser des bouillies, purées et laits de croissance excessivement sucrés sur le marché africain.
« L’Afrique ne peut plus être le déversoir de produits sur-phosphatés ou saturés en sucres cachés qui compromettent l’avenir de notre jeunesse », a indiqué El hadj Daouda Adam, président de l’OAC.
Vers un bloc diplomatique africain ?
L’enjeu de cette lettre ouverte est avant tout diplomatique. Historiquement, les pays en développement peinent à faire le poids face aux lobbys agroalimentaires solidement représentés au sein du Codex. En appelant à une « position commune », l’OAC espère transformer les délégations nationales africaines en un bloc de négociation uni et unanime.
L’interdiction du sucre chez les 6 à 36 mois n’est plus une simple option diététique, mais une urgence clinique pour préserver l’avenir sanitaire du continent.
Le défi est désormais lancé aux ministères de la Santé et du Commerce du continent : transformer cet avertissement de la société civile en une position politique ferme lors des prochains débats internationaux.
Moulikatou S.