La couche d’ozone n’est plus au bord du précipice où l’avait conduite l’industrialisation du XXe siècle. Elle se reconstitue progressivement. Mais cette embellie scientifique ne doit pas être interprétée comme un permis de relâcher les efforts. Près de quatre décennies après l’adoption du Protocole de Montréal, la protection de cette mince barrière atmosphérique demeure un combat mondial où les acquis côtoient encore de sérieuses insuffisances.
Le bilan est pourtant spectaculaire. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le Protocole de Montréal a permis l’élimination progressive de plus de 99 % de la production et de la consommation des substances réglementées responsables de l’appauvrissement de la couche d’ozone. Cette dynamique place désormais l’ozone sur une trajectoire de retour vers les niveaux de 1980 au milieu du siècle.
Les échéances restent cependant différentes selon les régions. Les projections indiquent un retour aux niveaux de 1980 autour de 2040 pour la majeure partie du monde, 2045 pour l’Arctique et 2066 pour l’Antarctique, à condition que les politiques actuelles soient maintenues et que les engagements soient respectés.
L’autre bataille se joue désormais à l’intersection de l’ozone et du climat. Certains hydrocarbures fluorés, notamment les HFC, ont remplacé des substances qui détruisaient directement l’ozone. Ils ne constituent donc pas la même menace pour la couche d’ozone, mais plusieurs sont de puissants gaz à effet de serre. L’Amendement de Kigali, adopté en 2016, organise leur réduction progressive. Selon le PNUE, sa mise en œuvre complète pourrait éviter jusqu’à 0,5 °C de réchauffement d’ici 2100.
Le défi est particulièrement sensible dans les pays en développement. En Afrique, la demande de climatisation et de réfrigération devrait progresser avec l’urbanisation, la croissance démographique et l’élévation des températures. Or le continent dispose encore d’un accès limité aux équipements de refroidissement, alors même qu’une part importante de sa population vit dans des zones fortement exposées à la chaleur. La transition ne peut donc pas consister simplement à remplacer une technologie par une autre : elle doit associer équipements propres, efficacité énergétique, formation des techniciens et financement.
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Les insuffisances demeurent également mondiales. La réduction des substances réglementées ne signifie pas disparition instantanée des risques. Les émissions résiduelles, le contrôle des chaînes de production, la gestion des anciens équipements et la disponibilité d’alternatives abordables imposent une vigilance permanente. Les discussions internationales récentes soulignent d’ailleurs que certaines difficultés techniques persistent dans la transition vers des solutions moins nocives pour le climat et l’environnement.
La Journée mondiale de l’ozone rappelle ainsi une leçon essentielle : un accord international peut produire des résultats lorsqu’il repose sur la science, des mécanismes de coopération et des engagements suivis d’effets. Mais elle rappelle aussi que la réussite ne se mesure pas uniquement aux textes adoptés. Elle se mesure à la capacité des États à financer la transition, des entreprises à transformer leurs pratiques et des professionnels comme des citoyens à adopter des solutions compatibles avec la protection de l’atmosphère.
La couche d’ozone se rétablit. Il appartient désormais au monde de ne pas compromettre cette reconquête.