Le harcèlement n’est plus une menace que l’on peut reléguer au silence. Dans les milieux professionnels, notamment celui de la communication, il peut atteindre la dignité, fragiliser la santé et compromettre durablement les trajectoires professionnelles. À Lomé, une trentaine de professionnelles issues des secteurs public, privé et associatif ont été outillées, les 10 et 11 septembre 2026, pour mieux prévenir ces situations, protéger les victimes et faire émerger des environnements de travail plus sûrs.
Organisée par la Cellule genre du ministère de la Communication cette formation de deux jours a placé la prévention du harcèlement, la protection des victimes et l’adoption de bonnes pratiques au cœur des échanges. Les participantes ont notamment travaillé sur l’identification des différentes formes de harcèlement, les mécanismes de protection disponibles et les moyens de prévenir les violences et comportements abusifs en milieu professionnel.
L’enjeu dépasse cependant la seule connaissance des textes ou des procédures. La confiance en soi et l’estime de soi ont occupé une place centrale dans les travaux. Présenté par le Dr Samuel Kpavouvou, spécialiste en soins holistiques, ce module a permis d’examiner les facteurs susceptibles d’éroder ces ressources personnelles et les moyens de mieux faire face aux situations difficiles. « Renforcer la confiance et l’estime de soi, c’est armer les individus contre le harcèlement et promouvoir un environnement de travail digne et protecteur », a-t-il souligné.
Cette question revêt une acuité particulière dans le secteur de la communication, soumis aux interactions permanentes, au travail en réseau, à la pression de l’image et de la performance, mais aussi à l’exposition aux réseaux sociaux et aux critiques publiques. Le médecin commandant Mayena Kpinsaga, psychiatre, a ainsi insisté sur la vigilance et la force intérieure nécessaires pour prévenir et gérer les situations de harcèlement. « Prévenir le harcèlement, c’est préserver la dignité, la santé et l’efficacité collective », a-t-elle déclaré.
Le droit comme rempart, le signalement comme recours
La dimension juridique a également occupé une place importante. Les participantes ont été sensibilisées aux dispositions du Code du travail, du Code pénal et des lois spécifiques qui encadrent le harcèlement professionnel au Togo. Les employeurs ont, de leur côté, l’obligation de mettre en œuvre des mesures de prévention et de protection des victimes.
Pour le juriste Kombaté, la réponse ne peut reposer sur une seule catégorie d’acteurs. « Le harcèlement est une menace réelle dans ce secteur, et seule une responsabilité partagée, fondée sur la dignité et le respect, peut le combattre efficacement », a-t-il affirmé.
Les participantes ont également découvert les différents canaux de signalement, notamment les centres d’écoute et les One Stop Centers, destinés à assurer une prise en charge intégrée des victimes de violences basées sur le genre au Togo.
La formation a privilégié une approche concrète. Mises en situation, travaux de groupe, élaboration de mécanismes et conception de plans d’action ont permis aux participantes de confronter les enseignements théoriques aux réalités professionnelles. « Nous avons fait énormément de pratiques. Les exercices nous ont permis de nous mettre en situation », a témoigné Elisabeth APAMPA, saluant une formation qui leur a également permis de mieux savoir « comment aider nos sœurs ».
À l’ouverture des travaux, Ambroise Klevor, conseiller technique au ministère de la Communication, représentant la ministre, a réaffirmé l’engagement du département contre toutes les formes de harcèlement en milieu professionnel. Il a rappelé que ce combat concerne aussi bien les femmes que les hommes.
Pour Lys Djamiè, chargée de projet à la Cellule genre, l’efficacité de cette lutte passe précisément par une prise de responsabilité collective. « La lutte contre le harcèlement ne sera efficace que si chacun, victime ou auteur potentiel, reconnaît sa responsabilité et s’engage à bâtir un environnement professionnel digne et solidaire », a-t-elle indiqué.
Des techniques de self-défense ont enfin été enseignées aux participantes, qui ont formulé plusieurs recommandations au ministère de la Communication. Elles portent notamment sur le renforcement de la prévention, du signalement et de la prise en charge du harcèlement dans les milieux professionnels des médias.
Au-delà des deux jours de formation, l’ambition affichée est donc de transformer les réflexes professionnels : prévenir plutôt que subir, signaler plutôt que se taire et protéger plutôt que laisser les victimes seules face aux abus.