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mardi, septembre 22, 2026 19:05
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Il ne se voit pas toujours dans l’assiette, mais il peut laisser une lourde empreinte sur la santé. Présent dans les plats préparés à domicile, les aliments transformés, les condiments, les bouillons-cubes, les produits de grignotage ou encore ajouté directement à table, le sel accompagne quotidiennement l’alimentation de millions d’Africains. Le problème n’est pas son existence dans l’alimentation, mais la quantité consommée. Derrière une habitude culinaire devenue presque machinale se profile un enjeu majeur de santé publique : l’excès de sodium, étroitement associé à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande aux adultes de consommer moins de 5 grammes de sel par jour, soit moins de 2 grammes de sodium. Or, à l’échelle mondiale, la consommation moyenne atteignait environ 11 grammes de sel par jour en 2021, soit plus du double du seuil recommandé. En 2023, quelque 1,7 million de décès étaient associés à une consommation excessive de sodium, selon les données publiées par l’OMS.

Quand le sel devient un facteur de risque

Le sel n’est pas en lui-même l’ennemi. Le sodium est un minéral indispensable au fonctionnement de l’organisme. Il intervient notamment dans l’équilibre hydrique et certaines fonctions nerveuses et musculaires. C’est lorsque les apports deviennent excessifs que l’équilibre se rompt.

Une consommation élevée de sodium favorise l’augmentation de la pression artérielle. Or, l’hypertension constitue l’un des principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires, notamment des accidents vasculaires cérébraux et des maladies cardiaques. L’OMS établit clairement le lien entre réduction du sodium alimentaire, baisse de la pression artérielle et diminution du risque cardiovasculaire.

Pour l’Afrique, l’enjeu est d’autant plus préoccupant que l’hypertension progresse dans un contexte marqué par l’urbanisation, la transformation des habitudes alimentaires, la sédentarité et l’augmentation des facteurs de risque liés aux maladies non transmissibles. En 2026, l’OMS Afrique estimait que jusqu’à 44 % des adultes âgés de 30 à 79 ans dans la Région africaine étaient touchés par l’hypertension. Dans la plupart des pays, moins de la moitié des personnes hypertendues seraient diagnostiquées et moins d’une sur cinq aurait une tension correctement contrôlée.

Le danger ne vient pas seulement de la salière

Réduire la question du sel à la quantité déposée avec une salière serait toutefois réducteur. Une partie importante du sodium consommé peut être dissimulée dans les aliments et les condiments utilisés quotidiennement.

Bouillons-cubes, sauces, aliments transformés, produits de charcuterie, pains, biscuits salés, snacks et autres préparations industrielles peuvent contribuer significativement aux apports. Dans plusieurs contextes africains, les condiments salés et certains aliments transformés occupent une place croissante dans les habitudes alimentaires. L’OMS Afrique souligne d’ailleurs que les principales sources de sel peuvent varier selon les cultures et les habitudes alimentaires, tout en rappelant le lien entre excès de sel, hypertension, maladies cardiaques et AVC.

Lire aussi : Allaitement maternel : l’OMS et l’UNICEF sonnent l’alerte

Cette évolution accompagne une transformation plus large des modes de consommation. Dans de nombreux centres urbains africains, le rythme de vie pousse vers des aliments pratiques, rapidement accessibles et parfois fortement transformés. Le consommateur peut alors absorber une quantité importante de sodium sans avoir conscience de l’ampleur de son apport quotidien.

Une menace silencieuse derrière l’hypertension

L’une des difficultés majeures réside dans le caractère silencieux de l’hypertension. Une personne peut vivre pendant des années avec une pression artérielle élevée sans ressentir de symptômes suffisamment alarmants pour consulter. Lorsque les premières complications apparaissent, les dommages cardiovasculaires, rénaux ou neurologiques peuvent déjà être importants.

En Afrique, cette situation est aggravée par les difficultés d’accès au dépistage, au suivi médical et aux traitements. En 2023, l’OMS indiquait que moins d’un tiers des personnes hypertendues dans la Région africaine recevaient un traitement et qu’environ 12 % seulement avaient leur hypertension contrôlée.

La problématique du sel ne doit donc pas être isolée du reste du système de santé. Réduire la consommation de sodium constitue l’un des leviers de prévention, mais cela doit aller de pair avec le dépistage régulier de l’hypertension, l’activité physique, une alimentation équilibrée, la réduction de la consommation d’alcool et du tabac ainsi qu’un meilleur accès aux soins.

Une responsabilité qui dépasse le consommateur

Faire peser toute la responsabilité sur les individus serait pourtant une erreur. Une politique efficace de réduction du sodium doit également agir sur l’environnement alimentaire.

L’OMS recommande notamment de réduire la teneur en sodium des produits alimentaires, de renforcer l’information nutritionnelle sur les emballages, de mener des campagnes de sensibilisation et d’agir dans les services de restauration et d’achat publics. L’organisation considère la réduction du sodium comme l’une des interventions de santé publique les plus efficaces et les plus économiques contre les maladies non transmissibles.

L’industrie agroalimentaire, les restaurateurs, les vendeurs, les pouvoirs publics et les consommateurs ont donc chacun un rôle à jouer. L’enjeu consiste notamment à rendre les choix plus sains plus accessibles et plus faciles, plutôt que de demander au seul consommateur de résister à des habitudes alimentaires profondément ancrées.

Réapprendre à manger moins salé

La réduction du sel ne signifie pas nécessairement renoncer au goût. Il s’agit plutôt de réhabituer progressivement le palais à des niveaux de salinité moins élevés, de privilégier les aliments frais et peu transformés, de limiter les produits particulièrement salés et de contrôler la quantité de sel et de condiments ajoutée pendant la préparation.

L’OMS recommande également de favoriser une alimentation riche en fruits et légumes. Le potassium naturellement présent dans ces aliments peut contribuer à atténuer certains effets d’un apport élevé en sodium sur la pression artérielle.

Dans les familles comme dans les collectivités, la prévention peut donc commencer par des gestes simples : goûter avant de resaler, limiter les condiments très riches en sodium, réduire progressivement les quantités utilisées en cuisine et apprendre à lire les informations nutritionnelles lorsqu’elles sont disponibles.

De la salière à la politique de santé publique

Le véritable défi africain n’est finalement pas de déclarer la guerre au sel, mais de reprendre le contrôle de la consommation de sodium. Face à la progression des maladies cardiovasculaires, chaque gramme évité peut participer à réduire un facteur de risque.

La question mérite désormais de sortir de la seule sphère des recommandations individuelles. Elle concerne l’école, la restauration collective, les marchés, l’industrie agroalimentaire, les campagnes de santé publique et les politiques nutritionnelles nationales.

Car derrière un geste aussi banal que saler un plat se joue parfois une question beaucoup plus lourde : celle de la prévention de l’hypertension, de l’AVC, des maladies cardiaques et, à terme, de décès prématurés. En Afrique, où les systèmes de santé doivent déjà composer avec une importante charge de maladies infectieuses et chroniques, réduire le sodium dans l’alimentation pourrait constituer l’une des batailles les plus simples à mener avant que la maladie ne s’installe.

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