Alors que le Symposium sur l’Assurance santé en Afrique vient de clore ses travaux dans la capitale togolaise, une certitude s’impose pour l’avenir du secteur : l’extension de la couverture maladie à de nouveaux segments de la population ne pourra se faire sans une transformation profonde de la gouvernance. Jeudi 5 novembre, un atelier thématique dédié à la micro-assurance a débouché sur une orientation majeure : mettre les femmes au sein des instances décisionnelles des institutions d’assurance.
L’impératif de la micro-assurance face au défi de l’informel
Pour relever le défi d’un écosystème de santé viable et inclusif, l’Afrique doit impérativement capter le secteur informel et les populations à faibles revenus. C’est l’enjeu d’un atelier du Symposium de Lomé intitulé « Étendre la couverture : micro-assurance santé et nouveaux segments », présidé par Armand Yehouenon, directeur exécutif de l’ASA-Bénin.
Toutefois, élargir la couverture sans fragiliser les équilibres financiers des assureurs reste un exercice complexe. Comme l’a rappelé avec force Mamadou Koné, président de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), la viabilité technique est la condition sine qua non de la protection à long terme. « L’assurance santé qui perd de l’argent ne peut pas protéger longtemps », a-t-il souligné à l’ouverture du Masterclass.
Pour équilibrer ces marchés naissants, les panélistes ont insisté sur la nécessité de concevoir des produits qui collent au plus près des réalités de terrain. Et sur ce terrain, ce sont les femmes qui pilotent la santé familiale.
« On ne peut pas concevoir des produits de micro-assurance santé inclusifs sans donner une voix délibérative à celles qui en sont les principales utilisatrices et régulatrices au quotidien. L’accès aux nouveaux segments de population exige de diversifier nos conseils d’administration et nos comités de direction en y intégrant la sensibilité et le leadership féminins », a indiqué Souleymane Zare, directeur général Yelen Assurances lors de son intervention.
Briser le plafond de verre pour capter de nouveaux segments
Les participants à l’atelier ont souligné un paradoxe persistant: alors que les femmes sont les premières gestionnaires du budget de santé des ménages et les actrices clés des micro-communautés en Afrique, elles restent trop souvent absentes des cercles où se décident les politiques d’assurance.
Pour les intervenants du panel, corriger ce déséquilibre au sein des conseils d’administration et des directions générales est une stratégie commerciale autant qu’un acte d’équité sociale. Intégrer les femmes aux instances de décision permet d’insuffler une compréhension plus fine des barrières à l’entrée (financières, culturelles et géographiques) que rencontrent les nouveaux segments ciblés.
Le leadership féminin est ainsi apparu dans les débats comme le chaînon manquant pour bâtir la confiance, adapter les modes de collecte des primes de micro-assurance et démocratiser les parcours de soins de proximité.
Les discussions ont démontré que les instances à forte représentativité féminine obtiennent de meilleurs résultats en matière de pénétration de la micro-assurance. En comprenant plus finement les réalités financières et les barrières culturelles des ménages, les dirigeantes apportent une agilité indispensable.
Vers une feuille de route 2027-2030 plus inclusive
Les conclusions de ce panel partagent une vision commune à savoir, l’innovation technologique via la digitalisation des prestations et la mixité de la gouvernance doivent avancer main dans la main.
En intégrant la voix des femmes au sommet des institutions, les assureurs africains s’arment d’une agilité indispensable pour concevoir la micro-assurance de demain. Cette orientation forte viendra nourrir la future feuille de route stratégique 2027-2030 que la FANAF s’attelle à formaliser pour transformer durablement l’accès aux soins sur le continent.
Moulikatou S.