Il y a des parcours qui se racontent comme une succession de fonctions. Celui de Nathalie Djatougbé Amélé Noameshie se lit plutôt comme une conquête progressive des espaces où les femmes étaient encore peu nombreuses à prendre place. Joueuse, entraîneuse, arbitre internationale, dirigeante sportive puis responsable au sein d’une organisation internationale, la Togolaise a franchi, une à une, les étapes d’un itinéraire qui l’a conduite du parquet des salles de volley-ball aux hautes sphères de la gouvernance sportive.
En septembre 2026, une nouvelle page s’est ouverte. Après avoir occupé depuis 2020 le poste de directrice adjointe des programmes EPS/Sport de la Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie (CONFEJES), Nathalie Noameshie a pris officiellement fonction, le 1er septembre à Dakar, comme Responsable des Programmes EPS/Sports de l’organisation. Cette nomination intervient à la suite de sa réussite à un test international et lui confie la coordination de l’ensemble des programmes sportifs de la CONFEJES.
Une vocation née au volley-ball
Son histoire avec le sport commence bien avant les responsabilités internationales. Au collège, Nathalie Noameshie choisit le volley-ball. Elle poursuit cette discipline au lycée puis à l’université avant d’intégrer l’Étoile Filante de Lomé, où elle est formée au poste de centrale. Cette expérience de joueuse la conduit jusqu’à la sélection universitaire togolaise et à l’équipe nationale.
En 1999, elle participe aux Jeux universitaires d’Accra avec la sélection universitaire du Togo. Cinq ans plus tard, elle porte de nouveau les couleurs nationales lors du Tournoi international de la Francophonie et de la Solidarité organisé à Lomé. Le Togo s’y impose avec son équipe féminine. Cette période forge chez elle une conviction qui ne la quittera plus : le sport ne se réduit pas à la compétition. Il constitue aussi une école de discipline, de solidarité, de dépassement de soi et de confiance.
Mais Nathalie Noameshie ne va pas rester éternellement de l’autre côté du terrain. Au début des années 2000, elle opère progressivement sa reconversion vers l’arbitrage. Entre 2000 et 2004, elle mène encore de front les activités de joueuse et d’arbitre avant de se consacrer pleinement à l’arbitrage en 2004. Elle suit notamment l’International Referee Candidates Course à Tunis, étape déterminante vers le niveau international.
Quand l’arbitrage devient une conquête féminine
En décembre 2008, Nathalie Noameshie franchit un seuil historique. Elle devient la première femme africaine à obtenir le statut d’arbitre internationale de volleyball pleinement qualifiée, selon le Comité international olympique. À une époque où l’arbitrage sportif de haut niveau demeure largement masculin, cette accession ne constitue pas seulement une réussite individuelle : elle contribue à déplacer les lignes pour les femmes dans le sport africain.
Son parcours d’arbitre l’amène à officier dans plusieurs compétitions continentales et internationales. En 2018, la Confédération africaine de volleyball la désigne notamment parmi les arbitres de la Coupe d’Afrique des Nations U19 de beach-volley à Kinshasa. En 2019, elle est également choisie comme arbitre aux Jeux africains de Rabat.
Cette expérience de terrain devient progressivement une expertise reconnue dans l’encadrement et la formation. En 2019, elle intervient notamment comme experte en volleyball lors d’une formation de femmes arbitres organisée à Dakar dans le cadre des actions de la CONFEJES en faveur du développement du sport féminin.
Du sifflet aux instances de décision
L’autre particularité de Nathalie Noameshie est d’avoir réussi à transformer son expérience sportive en expertise institutionnelle. Son engagement dans la gouvernance du volleyball togolais est ancien : elle a été secrétaire générale adjointe de la Fédération togolaise de volleyball, puis secrétaire générale, avant d’accéder à la vice-présidence de la fédération. Elle a également occupé des responsabilités au Comité national olympique du Togo.
Cette ascension est soutenue par une solide formation académique. Elle est titulaire d’un Master exécutif en management des organisations sportives (MEMOS) de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, d’un Master II en affaires internationales, parcours marketing international et réseaux, ainsi que d’une formation en sciences et techniques des activités physiques et sportives. Elle détient également un CAPEPS obtenu à l’Institut national de la jeunesse et des sports de Lomé.
Son profil dépasse ainsi largement celui d’une ancienne sportive. Il combine pratique du haut niveau, enseignement, arbitrage, management, administration sportive et coopération internationale.
Le leadership féminin comme fil conducteur
En 2019, le Comité international olympique lui attribue le Trophée « Femme et Sport » pour l’Afrique. Cette distinction vient couronner un engagement déjà fortement orienté vers la promotion de la place des femmes dans le sport. Le CIO souligne alors son parcours d’ancienne internationale, de pionnière de l’arbitrage et de dirigeante sportive engagée pour renforcer la présence des femmes et des jeunes filles dans le sport, aussi bien sur les terrains que dans les instances de décision.
Avec l’association Femme Sport et Développement (FESDEV), dont elle est présidente, Nathalie Noameshie transforme cette reconnaissance en action. Elle lance en 2019 le projet « Jeune Fille Leader par le Sport et le Développement du Volleyball Féminin », destiné à sensibiliser les jeunes filles, développer leur pratique sportive et leur transmettre les valeurs de l’olympisme.
L’initiative prend une dimension nationale. Selon un bilan publié en 2023, le projet a touché 3 235 jeunes filles dans 38 établissements à Lomé, Dapaong, Kpalimé et Kara, soit plus du double de l’objectif initial de 1 600 participantes. Des centres de volleyball féminin ont également été mis en place afin de constituer une nouvelle génération de joueuses.
Une nouvelle dimension internationale
La trajectoire de Nathalie Noameshie connaît en 2026 une nouvelle accélération. En juin, elle est désignée membre de la Commission Égalité genre de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (ACNOA), nouvelle responsabilité qui prolonge son engagement en faveur de la participation des femmes au mouvement sportif africain.
Quelques mois plus tard, elle prend la tête des programmes EPS/Sports de la CONFEJES. Dans cette fonction, elle doit notamment piloter les programmes liés au sport scolaire et de proximité, au sport féminin, au sport adapté, à la formation des acteurs et à l’émergence de l’élite sportive dans l’espace francophone.
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De la centrale de l’Étoile Filante au sifflet d’arbitre internationale, des fédérations sportives aux instances olympiques, Nathalie Noameshie aura finalement construit un parcours où chaque étape prépare la suivante. Son itinéraire raconte une ambition personnelle, mais aussi une conviction plus large : les femmes ne doivent pas seulement être présentes dans le sport ; elles doivent également participer à son encadrement, à sa gouvernance et à la définition de son avenir.
À chaque nouveau poste, la Togolaise change donc de dimension sans changer de cap. Faire du sport un levier de formation, d’inclusion, d’égalité et de développement reste au cœur de son engagement. Son parcours constitue désormais l’un des exemples les plus aboutis de leadership féminin dans le sport togolais et africain.
