Elles grandissent, s’étendent et se densifient à un rythme soutenu. Mais derrière les gratte-ciels, les routes encombrées et l’intense activité économique, les grandes villes africaines affrontent une menace qui ne se voit pas toujours : la pollution de l’air. D’Abidjan à Lagos, de Dakar à Nairobi, de Kinshasa à Accra, les populations urbaines sont quotidiennement exposées aux fumées, aux poussières et aux particules fines. Une situation qui pose une question essentielle aux gouvernements : à quel prix sanitaire l’Afrique veut-elle poursuivre son urbanisation ?
Le phénomène est alimenté par plusieurs sources. L’explosion du parc automobile, les embouteillages, les véhicules vieillissants, les émissions industrielles, les groupes électrogènes, les combustibles utilisés pour la cuisson, le brûlage des déchets et les poussières provenant des routes non revêtues figurent parmi les principaux facteurs de dégradation de la qualité de l’air dans les centres urbains.
Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du problème. Une étude publiée dans The Lancet Planetary Health estime que plus de 1,1 million de décès en Afrique étaient attribuables à la pollution de l’air en 2019, dont une part importante liée à la pollution atmosphérique domestique. La pollution de l’air extérieur représente également une charge croissante dans les zones urbaines du continent.
Les particules fines PM2,5 constituent l’un des principaux indicateurs de cette pollution. Leur très petite taille leur permet de pénétrer profondément dans les poumons et d’atteindre le système sanguin. À Lomé, une étude scientifique menée entre 2019 et 2021 a ainsi enregistré une concentration moyenne de 23,5 µg/m³ de PM2,5, tandis que plus de 87 % des jours mesurés dépassaient la recommandation quotidienne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces données, publiées dans ACS Earth and Space Chemistry, illustrent une réalité qui dépasse largement les frontières togolaises.
D’autres métropoles africaines présentent également des niveaux préoccupants. Des travaux scientifiques cités dans cette même étude font état de concentrations importantes de PM2,5 à Accra, Kinshasa ou encore dans certaines villes nigérianes. Les comparaisons doivent toutefois être interprétées avec prudence, car les périodes, les méthodes et les lieux de mesure ne sont pas toujours identiques.
Au-delà des chiffres, c’est la vulnérabilité des populations qui interpelle. Enfants, personnes âgées, travailleurs exposés au bord des routes et habitants des quartiers fortement urbanisés peuvent être confrontés pendant de longues heures à un air chargé en polluants. La pollution atmosphérique est associée à des maladies respiratoires et cardiovasculaires et constitue donc un enjeu majeur de santé publique.
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Mais une question demeure : les politiques publiques africaines accordent-elles à la qualité de l’air la place qu’elle mérite ?
Combien de capitales disposent aujourd’hui d’un réseau suffisamment dense de stations permettant de connaître en temps réel la qualité de l’air respiré par leurs habitants ? Combien de villes publient régulièrement ces données ? Les normes d’émission des véhicules et des industries sont-elles réellement contrôlées ? Et surtout, combien les États consacrent-ils à la prévention par rapport aux dépenses engendrées par les conséquences sanitaires de la pollution ?
La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les citoyens. Certes, réduire le brûlage des déchets, privilégier des moyens de transport moins polluants ou améliorer les pratiques domestiques peut contribuer à la solution. Mais les choix d’aménagement urbain, de mobilité, d’énergie et d’industrialisation relèvent avant tout des politiques publiques.
L’urgence consiste désormais à mieux mesurer pour mieux agir. Les gouvernements doivent renforcer les réseaux de surveillance, rendre les données accessibles, améliorer les transports collectifs, encadrer les émissions industrielles et automobiles et intégrer la qualité de l’air dans les politiques de santé et d’urbanisme.
L’Afrique ne peut pas considérer la pollution atmosphérique comme le prix inévitable de son développement. À quoi sert une croissance urbaine rapide si elle conduit des millions de personnes à respirer quotidiennement un air dangereux ?
Le véritable défi des métropoles africaines n’est donc plus seulement de construire davantage, mais de construire autrement. Car une ville véritablement moderne est aussi une ville où ses habitants peuvent respirer sans craindre l’air qui les entoure.