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vendredi, novembre 6, 2026 17:20
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Directrice de Mada Masr, l’un des principaux médias indépendants d’Égypte, Lina Attalah a été libérée mardi soir après le paiement d’une amende de trois millions de livres égyptiennes, soit près de 49 000 euros. Mais derrière cette libération se dessine le parcours d’une femme journaliste confrontée à des poursuites judiciaires répétées, dans un environnement où l’exercice de la presse indépendante demeure particulièrement difficile.

La liberté retrouvée, mais l’avenir professionnel toujours incertain. Lina Attalah a quitté sa détention après une audience expéditive devant un tribunal du Caire, qui a ordonné la fermeture du site d’information Mada Masr pour exploitation présumée « sans licence ». La juridiction a également infligé au média une amende de trois millions de livres égyptiennes.

À la sortie de l’audience, des membres des services de sécurité ont encerclé la journaliste avant de la faire sortir de la salle, selon son média. Présent sur place, Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), a décrit une interpellation survenue au milieu des protestations des avocats de la défense.

Son avocat, Hassan al-Azhari, a confirmé à l’AFP sa libération dans la soirée, après le règlement de l’amende. Cette issue ne signifie toutefois pas que la journaliste est définitivement tirée d’affaire.

Lina Attalah, une femme journaliste sous pression

Lors des formalités de libération, son avocat a découvert l’existence d’une autre condamnation, prononcée par contumace en 2024. Lina Attalah avait alors écopé d’un an de prison pour diffusion de « fausses informations » et gestion d’un site internet sans licence.

La défense a fait appel de cette décision, avec une audience prévue le 11 novembre. Cette nouvelle échéance judiciaire prolonge l’incertitude autour de la journaliste et de l’avenir de la rédaction qu’elle dirige.

Au-delà de son cas personnel, cette succession de procédures soulève la question de la place accordée aux femmes qui occupent des responsabilités éditoriales dans des environnements où les médias indépendants sont sous pression. À la tête de Mada Masr, Lina Attalah incarne une figure féminine de premier plan dans le paysage journalistique égyptien.

Son parcours rappelle également que l’accès aux postes de direction dans les médias ne met pas les femmes journalistes à l’abri des contraintes judiciaires ou des menaces pesant sur leur travail.

Une mobilisation internationale pour défendre la presse indépendante

Les organisations de défense des droits humains ont vivement réagi à cette affaire. Avant l’annonce de la libération de Lina Attalah, Amnesty International avait qualifié la journée de « jour sombre » pour la liberté de la presse en Égypte.

L’organisation estime que la décision judiciaire constitue l’aboutissement de plusieurs années de procédures et de pressions visant à réduire au silence l’une des dernières voix médiatiques indépendantes du pays.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a également exprimé son inquiétude. Sara Qudah, sa directrice régionale pour le Moyen-Orient, a averti que la détention d’une rédactrice en chef reconnue et la fermeture de sa rédaction enverraient un signal préoccupant à l’ensemble des journalistes indépendants.

Lina Attalah et Mada Masr auraient fait l’objet d’au moins six procédures en six ans. Cette répétition témoigne de la persistance des difficultés rencontrées par le média et sa directrice.

La liberté de la presse, un défi toujours majeur en Égypte

L’affaire intervient quelques semaines après l’arrestation de journalistes chargés de la vérification des faits au sein de Matsadaash, une autre plateforme numérique. Ils sont accusés de diffusion de « fausses informations » et de liens avec les Frères musulmans, organisation interdite dans le pays.

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Ces accusations sont régulièrement dirigées contre des médias perçus comme critiques envers le gouvernement. Selon l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne, 26 journalistes sont actuellement détenus en Égypte en raison de leur travail.

Pour Lina Attalah, le paiement de l’amende a permis de retrouver la liberté, mais pas de tourner la page judiciaire. La fermeture ordonnée de Mada Masr et l’appel attendu en novembre maintiennent la journaliste dans une situation d’incertitude.

Son cas met en lumière les défis auxquels sont confrontées les femmes qui dirigent des médias indépendants et défendent leur place dans l’espace public. Il rappelle surtout que la liberté d’informer reste un enjeu essentiel pour toutes celles et ceux qui choisissent de faire du journalisme un métier d’engagement et de responsabilité.

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