Environ 400 000 FCFA par mois au Togo, contre 800 000 à 1,5 million dans plusieurs pays voisins : le différentiel de rémunération des médecins spécialistes relance le débat sur l’attractivité du système de santé togolais. Pour le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), cette situation appelle une revalorisation salariale et une mise en œuvre effective des engagements pris par le gouvernement.
Le secrétaire général du syndicat, Dr Gilbert Tsolenyanu, dénonce un écart qu’il juge préoccupant entre les rémunérations des spécialistes togolais et celles de leurs homologues ouest-africains. À ses yeux, cette disparité ne relève pas seulement d’une question de revenus. Elle touche également à la reconnaissance des compétences médicales, à la fidélisation du personnel qualifié et à la capacité des structures sanitaires à répondre aux besoins des populations.
Des écarts salariaux importants dans la sous-région
Selon les chiffres avancés par le responsable du SYNPHOT, un médecin spécialiste au Togo perçoit environ 400 000 FCFA. Cette rémunération contraste avec celles annoncées dans plusieurs pays voisins.
Au Sénégal, le salaire d’un spécialiste atteindrait environ 1,5 million de FCFA, tandis qu’au Burkina Faso, il avoisinerait 800 000 FCFA. Le Bénin présente, pour sa part, un dispositif qui module la rémunération en fonction de la zone d’affectation : 1,1 million de FCFA à Cotonou, 1,3 million dans les zones centrales et jusqu’à 1,5 million dans le nord du pays.
Ces données, présentées par le syndicat, mettent en évidence un différentiel susceptible d’alimenter les interrogations sur l’attractivité des carrières médicales au Togo. Leur portée doit toutefois être appréciée en tenant compte des grilles salariales, des primes et des avantages propres à chaque pays.
Le modèle béninois, une piste pour les zones reculées
Le SYNPHOT s’intéresse particulièrement au mécanisme béninois, qui prévoit une rémunération plus élevée pour les professionnels affectés dans certaines zones éloignées des grands centres urbains.
L’objectif est d’inciter les médecins à exercer dans les régions où l’accès aux spécialistes demeure plus difficile. Une telle politique permet de mieux répartir les ressources humaines, au lieu de concentrer les compétences dans la capitale et les principales villes.
Pour le Togo, la question dépasse donc le montant inscrit sur la fiche de paie. Une politique salariale adaptée pourrait aussi contribuer à attirer et à maintenir les spécialistes dans les formations sanitaires situées hors de Lomé, sous réserve de conditions de travail et d’équipements adéquats.
« On ne défend que les médecins », regrette le SYNPHOT
Face aux critiques que pourrait susciter sa revendication, le syndicat entend replacer le débat dans une perspective plus large. Pour le Dr Gilbert Tsolenyanu, demander un salaire d’un million de FCFA pour les médecins ne devrait pas être interprété comme une défense exclusive des intérêts d’une catégorie professionnelle.
« Au Togo, quand on dit qu’on veut 1 000 000 FCFA pour le médecin, les gens pensent qu’on ne défend que les médecins », regrette-t-il.
Le responsable syndical insiste ainsi sur le lien entre la rémunération du personnel médical et la qualité du service public de santé. La capacité à recruter, à fidéliser et à répartir les spécialistes sur l’ensemble du territoire constitue un enjeu majeur pour garantir aux populations des soins accessibles et de qualité.
Le SYNPHOT plaide dès lors pour une revalorisation qui tienne compte à la fois des contraintes budgétaires de l’État et des exigences d’une couverture sanitaire plus équitable.
Le SYNPHOT interpelle le ministère de la Santé
La revendication salariale s’inscrit dans un mouvement plus large portant sur les conditions de vie et de travail des agents de santé. Dans un communiqué daté du 15 octobre 2026, le bureau exécutif national du SYNPHOT a annoncé l’envoi d’un courrier au ministère de la Santé afin d’accélérer la concrétisation des engagements gouvernementaux.
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Le syndicat réclame notamment la revalorisation des primes de risque et de contagion, l’établissement effectif de la fonction publique hospitalière ainsi que la mise en œuvre des recommandations relatives aux rémunérations.
Ces demandes traduisent l’attente d’avancées concrètes sur plusieurs dossiers qui concernent directement la reconnaissance du personnel hospitalier. Pour le SYNPHOT, la consolidation du système public de santé passe aussi par une politique de ressources humaines capable de valoriser les compétences et d’offrir aux agents des perspectives professionnelles plus attractives.
Au-delà des revendications syndicales, l’enjeu reste celui de la capacité du Togo à préserver ses compétences médicales et à garantir une présence suffisante de spécialistes dans ses structures sanitaires. La réponse apportée par les autorités aux demandes du SYNPHOT sera déterminante pour la suite du dialogue social dans le secteur.