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vendredi, novembre 6, 2026 23:21
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L’intelligence artificielle (IA) risque de reproduire, voire d’aggraver, les inégalités entre les femmes et les hommes. Derrière les promesses d’innovation et d’efficacité, des algorithmes perpétuent des stéréotypes sexistes, facilitent de nouvelles formes de violences numériques et maintiennent les femmes à l’écart des décisions qui dessinent l’avenir technologique. Face à cette menace, ONU Femmes appelle les gouvernements et les entreprises à placer l’égalité des sexes au cœur du développement et de la gouvernance de l’IA.

De la rédaction de courriels à la création de contenus publicitaires, en passant par la préparation de présentations professionnelles, l’IA générative s’installe rapidement dans les usages quotidiens. Au Royaume-Uni, 88 % des agences de publicité et de médias utilisent déjà cette technologie sous une forme ou une autre. Mais cette adoption accélérée soulève une question fondamentale : comment garantir que les outils numériques de demain ne reproduisent pas les discriminations d’hier ?

À l’approche du Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et du sommet mondial « AI for Good », prévus à Genève début juillet, ONU Femmes entend mobiliser les pouvoirs publics, les entreprises technologiques et les développeurs autour d’une exigence : intégrer l’égalité des sexes dès la conception des systèmes d’IA.

Des algorithmes imprégnés de préjugés

Les données disponibles mettent en évidence l’ampleur du problème. Une étude portant sur 133 systèmes d’intelligence artificielle a révélé que 44 % présentaient des biais sexistes. Plus d’un quart associaient des discriminations liées au genre et à la race.

Les grands modèles de langage continuent notamment d’associer les femmes au foyer, à la famille et aux soins, tandis que les hommes sont davantage représentés dans les domaines du leadership, des affaires et de la réussite professionnelle. Certaines réponses générées vont plus loin, en présentant les femmes comme des objets sexuels ou des personnes subordonnées aux hommes.

Selon ONU Femmes, environ une réponse sur cinq produite lors de tests consistant à demander à des modèles d’IA de compléter des phrases faisant référence au genre contenait des éléments sexistes ou misogynes. Certaines réponses réduisaient même les femmes au statut de biens ou d’objets.

Pour Jayathma Wickramanayake, responsable des technologies numériques chez ONU Femmes, ces dérives trouvent leur origine dans les représentations qui imprègnent les données d’entraînement.

« Les modèles d’IA héritent de préjugés issus de décennies de textes écrits par des humains, au sujet d’humains, dans un monde où les femmes étaient associées au foyer et à la famille, tandis que les hommes étaient associés au monde des affaires et à la carrière », a-t-elle expliqué à ONU Info.

Le problème dépasse donc la seule dimension technique. Il renvoie également aux choix politiques, aux mécanismes de contrôle et aux priorités retenues dans le développement de ces outils.

Sur 138 pays étudiés, seuls 24 ont intégré la question du genre dans leurs stratégies nationales relatives à l’IA. Seuls 18 prévoient des mesures concrètes en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les violences numériques gagnent en ampleur

Les conséquences de ces biais ne se limitent pas aux représentations. L’IA facilite aussi la production et la diffusion de contenus manipulés, exposant davantage les femmes et les filles au harcèlement, à l’humiliation publique et aux atteintes à leur image.

Près d’une femme sur quatre parmi les défenseures des droits humains, les militantes et les journalistes interrogées par ONU Femmes a déclaré avoir subi des violences numériques facilitées par l’intelligence artificielle. Douze pour cent ont rapporté la diffusion d’images personnelles sans leur consentement, tandis que 6 % ont indiqué avoir été ciblées par des hypertrucages, communément appelés « deepfakes ».

La multiplication des contenus artificiels complique la détection des manipulations et la lutte contre leurs auteurs. Pour les femmes engagées dans la vie publique, le journalisme ou la défense des droits humains, ces pratiques peuvent également constituer un moyen d’intimidation et entraver leur participation au débat public.

Les femmes restent minoritaires dans le secteur de l’IA

Cette situation est aggravée par la faible représentation féminine dans les secteurs qui conçoivent et développent ces technologies. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), les femmes ne représentent que 30 % de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’intelligence artificielle.

Cette sous-représentation limite la diversité des expériences et des perspectives susceptibles d’être prises en compte lors de la conception des outils. En l’absence d’une participation plus large des femmes et des groupes marginalisés, les systèmes risquent de reproduire les mêmes déséquilibres, puis de les inscrire durablement dans les usages numériques.

L’enjeu est également économique. En dehors du secteur technologique, les femmes sont presque deux fois plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois fortement exposés au risque d’automatisation. Sans accompagnement adapté, formation et politiques de protection ciblées, la transformation numérique pourrait ainsi accentuer les inégalités professionnelles existantes.

L’inclusion, un levier d’innovation

ONU Femmes défend une approche qui associe la lutte contre les discriminations à la performance économique. Pour l’agence, l’égalité ne constitue pas une contrainte supplémentaire imposée aux entreprises, mais un facteur susceptible d’améliorer la pertinence de leurs produits et de leurs stratégies.

Une étude de l’Unstereotype Alliance, initiative soutenue par ONU Femmes pour éliminer les stéréotypes dans la publicité, indique que les campagnes dépourvues de représentations sexistes obtiennent de meilleurs résultats commerciaux, notamment en matière d’engagement des consommateurs et de fidélité à la marque.

Dans un secteur où l’IA générative transforme rapidement la production publicitaire et le marketing, la capacité à repérer et à corriger les biais devient donc un enjeu à la fois éthique et commercial.

En juin 2026, ONU Femmes a lancé un guide pratique à destination des professionnels du marketing afin de les aider à identifier les biais avant la diffusion de campagnes conçues avec l’IA générative.

Lire aussi : Cancers des seins et du col de l’utérus : la ministre Sandra Johnson appelle les femmes à vaincre la peur et à poursuivre le dépistage tout le long de l’année

L’organisation rappelle toutefois que cette technologie n’est pas condamnée à reproduire les discriminations. Utilisée de manière responsable, elle peut contribuer à détecter les stéréotypes, à diversifier les représentations et à améliorer l’accès aux services pour les populations insuffisamment prises en compte.

La responsabilité incombe désormais aux gouvernements, aux entreprises et aux concepteurs, appelés à instaurer des règles de gouvernance plus inclusives et à garantir une participation effective des femmes aux décisions.

Le message porté par ONU Femmes est sans équivoque : l’avenir de l’intelligence artificielle ne doit pas être façonné au détriment de la moitié de l’humanité. Sans mesures concrètes dès aujourd’hui, les inégalités du passé pourraient devenir les normes technologiques de demain.

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