« Les villes et les collectivités locales constituent le maillon direct de l’action climatique en lien avec les besoins des populations (…) », avait déclaré Blerta Cela, représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Côte d’Ivoire, lors la 4e édition du Salon des collectivités territoriales organisée du 15 au 17 octobre 2026 à Abidjan (Côté d’Ivoire). A l’occasion de ces rencontres de haut niveau qui a réuni des personnalités politiques et institutionnelles d’Afrique, les représentants ont partagé leurs expériences en matière de décentralisation et formuler des recommandations. Le Togo y était représenté par son ancien maire de Kloto 1, conseiller du Forum régional des maires (FRM) de la CoM SSA, Winny Yawo Dogbatsè.
Cette édition est placée sous le thème : « Regards croisés sur les politiques de décentralisation et de développement territorial ».
Une décentralisation progressive, au plus près des besoins envisagée
Au cœur des discussions, une question essentielle : Comment renforcer l’autonomie des collectivités territoriales tout en tenant compte des réalités économiques, sociales et institutionnelles propres à chaque pays ?
Face aux disparités entre les collectivités africaines et celles des pays occidentaux, le député-maire de Yopougon, Adama Bictogo a préconisé à l’ouverture des travaux, une démarche adaptée aux réalités locales, privilégiant des transferts de compétences ciblés plutôt qu’une décentralisation uniforme.
Pour lui, la décentralisation constitue un enjeu majeur pour l’avenir du continent africain. « La décentralisation est un sujet très important. Dans ce débat, on ne parle pas du présent, on parle de l’avenir », a-t-il souligné. Il a insisté sur la nécessité d’accompagner le transfert des responsabilités par une mise à disposition effective des moyens financiers et humains nécessaires à leur exercice.
Intervenant lors d’un panel le 15 octobre, autour du thème général d’une « décentralisation renforcée », l’ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo, Charles Fall, élu de l’État de New York, Blerta Cela, ainsi que l’élu du Togo, Yawo Winny Dogbatsè ont souligné la nécessité de dépasser une centralisation excessive des fonds.
Cas du Togo
Le Togolais Winny Yawo Dogbatsè, a fermement plaidé pour un accès plus direct et équitable des communes aux financements, notamment climatiques.
Son intervention s’inscrit au cœur des revendications des élus locaux africains, qui dénoncent régulièrement la centralisation excessive des ressources financières par les États.
Trois revendications majeures
Pour surmonter le manque d’autonomie financière des territoires, le représentant du Togo a formulé trois demandes stratégiques à savoir, l’intégration entière des collectivités locales comme des actrices à part entière de l’action de développement et du climat; Dotation des territoires de ressources financières, institutionnelles et techniques concrètes pour appliquer leurs engagements sur le terrain; Le renforcement des capacités techniques pour monter des projets bancables et un accès direct aux guichets internationaux (comme le Fonds vert pour le climat ou le Fonds d’adaptation).

Les débats ont mis en exergue le fait que les transferts de compétences décidés par les États restent inefficaces sans transferts de fonds équivalents. À l’issue de l’événement, les participants ont ainsi formulé un plaidoyer fort pour qu’au moins 20 % des ressources publiques globales soient directement transférées vers les communes et les régions africaines afin de garantir leur réelle autonomie.
Les collectivités appelées à prendre davantage d’initiatives
Au terme des échanges, Adama Bictogo a exhorté les élus locaux africains à renforcer leur capacité d’initiative et à développer une collaboration plus étroite avec l’État central. Pour lui, l’efficacité de la décentralisation repose autant sur les moyens accordés aux collectivités que sur leur aptitude à concevoir et à porter leurs propres projets.
« Il ne suffit pas de recevoir. Il faut que l’initiative vienne des communes, et pour cela, il faut avoir des compétences », a-t-il affirmé.
Le député-maire a enfin rappelé que toute politique de développement territorial devait placer les citoyens au centre de l’action publique. « On commence avec le peuple, on finit avec le peuple », a-t-il déclaré, appelant les maires africains à promouvoir une gouvernance participative, inclusive et capable de mobiliser les ressources nécessaires à la transformation durable de leurs territoires.
À travers ce panel, les participants ont mis en lumière un principe essentiel : pour produire des résultats concrets, la décentralisation doit reposer sur une répartition cohérente des responsabilités, des financements adaptés et une coopération efficace entre les différents acteurs du développement.
Moulikatou S.