Que se passe-t-il lorsque l’exploitation des ressources naturelles s’installe dans les zones grises de la légalité ? En République démocratique du Congo, l’artisanat minier fait vivre des dizaines de milliers de personnes, mais son encadrement demeure marqué par une forme de tolérance qui expose à la fois les travailleurs et les ressources du pays.
Dans le Haut-Katanga et le Lualaba, l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt occupe une place importante dans l’économie locale. Selon les estimations d’Ebuteli, près de 100 000 exploitants artisanaux seraient actifs dans la région. Leur production représenterait entre 15 et 20 % du cobalt congolais. Mais derrière ces chiffres se dessine une réalité beaucoup plus préoccupante : plusieurs activités se déroulent sur des sites qui ne disposent pas d’une reconnaissance légale.
Des zones grises
La carrière de Shabara, située à environ 60 kilomètres de Kolwezi, illustre cette situation. Quelque 9 000 exploitants y travaillent sur un permis attribué à Mutanda Mining, filiale de Glencore. Le site est considéré comme une « ZEA tolérée », c’est-à-dire une zone d’exploitation artisanale sans véritable existence légale.
Le paradoxe est saisissant. Alors que l’activité est contestée sur le plan juridique, des services publics continuent de percevoir des taxes liées à l’exploitation et au transport des minerais. Cette situation, qualifiée par Ebuteli de « gouvernance par tolérance », entretient un système où l’irrégularité finit par s’installer dans la durée.
La forêt aussi concernée
Le phénomène ne s’arrête toutefois pas aux mines. Dans le secteur forestier, des pratiques similaires sont dénoncées : permis dépassés, traçabilité insuffisante du bois et taxation d’activités pourtant interdites. Pour les spécialistes cités dans le rapport, cette faible capacité de contrôle favorise une exploitation difficile à maîtriser.
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Face à cette situation, la formalisation apparaît comme une nécessité. Mais elle ne pourra être réduite à une simple décision administrative. Recenser les exploitants, créer de véritables zones d’exploitation artisanale, renforcer la protection sociale et améliorer le contrôle des ressources constituent autant de défis pour l’État congolais.
Car derrière l’or, le cuivre, le cobalt ou le bois, c’est finalement la capacité du pays à protéger et à valoriser durablement ses ressources naturelles qui se joue.
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