La quête de nouveaux financements climatiques ne peut plus reposer uniquement sur l’ampleur des besoins. Pour l’agroéconomiste et consultant en développement durable Tayon Ulrich Lavinon, l’avenir de la finance durable en Afrique dépend désormais de la capacité des États à inspirer confiance grâce à des résultats concrets, transparents et mesurables.
Dans une tribune intitulée « Finance durable, pourquoi l’Afrique doit transformer ses résultats en capital de confiance », l’expert estime que les exigences des bailleurs de fonds et des investisseurs ont profondément évolué. Selon lui, « la mobilisation de nouvelles ressources suffit-elle encore à garantir un accès durable aux financements ? » La réponse est claire : la confiance est devenue un critère déterminant.
L’auteur souligne que « les investisseurs recherchent désormais davantage que des projets à financer. Ils veulent des résultats démontrables, des données fiables et des institutions capables de rendre compte de l’utilisation des ressources mobilisées ». Une évolution qui, selon lui, place la transparence et la redevabilité au cœur de la mobilisation des capitaux.
Cette nouvelle réalité est renforcée par les mécanismes internationaux de financement fondés sur les résultats et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Malgré une hausse des flux de finance climatique, l’Afrique ne reçoit encore qu’une fraction des ressources nécessaires. Dès lors, affirme Tayon Lavinon, « la capacité des États à produire des impacts mesurables devient un facteur de crédibilité ».
Pour illustrer son analyse, l’auteur met en avant le Bénin, présenté comme un exemple de gouvernance financière innovante. Premier pays africain à émettre, en 2021, un Eurobond dédié aux Objectifs de développement durable, le Bénin a accompagné cette opération de rapports détaillés sur l’allocation des fonds et leurs impacts.
Selon le spécialiste, cette démarche démontre que « la démonstration des résultats peut devenir un véritable levier de confiance, susceptible de consolider les relations avec les partenaires et de renforcer durablement l’attractivité d’un pays auprès des investisseurs ».
Au-delà des marchés financiers, la tribune invite également les États africains à rapprocher les citoyens de la gestion des ressources publiques. L’auteur plaide pour des outils plus accessibles, tels que des rapports citoyens, des infographies ou encore des plateformes numériques, afin que les populations puissent suivre l’utilisation des financements et les bénéfices qui en découlent.
« Les États gagneraient à les compléter par des formats plus accessibles », écrit-il, estimant qu’une telle approche renforcerait simultanément « la transparence, la redevabilité et la confiance envers les institutions publiques ».
Tayon Lavinon insiste également sur un autre enjeu souvent négligé : la capitalisation des connaissances produites par les projets de développement. À ses yeux, les investissements ne doivent pas uniquement laisser des infrastructures, mais aussi un patrimoine intellectuel permettant d’améliorer les politiques publiques.
« Chaque projet financé devrait ainsi laisser un héritage intellectuel aussi important que son héritage physique », soutient-il, appelant les États à systématiser le partage des bonnes pratiques et des enseignements tirés de leurs expériences.
L’auteur estime que la prochaine étape de la mobilisation des ressources en Afrique ne réside plus seulement dans la capacité à obtenir des financements, mais surtout dans celle de démontrer les transformations qu’ils rendent possibles.
Comme il le résume, « au XXIᵉ siècle, les États ne seront plus seulement jugés sur leur capacité à mobiliser des financements. Ils le seront aussi sur leur capacité à démontrer ce que ces financements ont réellement changé ». Pour Tayon Ulrich Lavinon, c’est à cette condition que les résultats deviendront un véritable « capital de confiance » au service d’un développement durable.