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Pendant des décennies, l’Afrique a fourni au monde une immense partie des matières premières qui alimentent l’industrie mondiale des cosmétiques, sans en capter les véritables dividendes. Aujourd’hui, une nouvelle génération de leaders entend inverser cette logique. Chercheurs, scientifiques, entrepreneurs, universitaires et décideurs publics s’engagent à bâtir une filière capable de transformer les richesses naturelles du continent en une industrie compétitive, innovante et créatrice de valeur. À Lomé, la Vallée des Métiers de Beauté (VMB) vient d’envoyer un signal fort en honorant onze personnalités qui incarnent cette ambition collective.

Le 1er juillet 2026, la capitale togolaise est devenue le théâtre d’une reconnaissance symbolique mais hautement stratégique. À travers la remise de Certificats de Mérite, la Vallée des Métiers de Beauté a célébré onze figures africaines désormais élevées au rang d’« Architectes de la Beauté et du Bien-être Made in Africa », saluant leur engagement en faveur d’une industrie cosmétique africaine fondée sur l’innovation, la recherche scientifique, la transformation locale et l’excellence.

« L’Afrique ne manquera plus de modèles. Elle en crée », a déclaré Eric K. G. Ametsipe, président de la Vallée des Métiers de Beauté, soulignant la volonté de l’organisation de faire émerger des références africaines capables d’inspirer les générations futures et d’accélérer la souveraineté économique du continent.

Cette distinction intervient dans un contexte où le marché mondial de la beauté dépasse les 1 000 milliards de dollars, alors que moins de 3 % de la valeur générée à partir des ressources africaines demeure sur le continent. Pour la VMB, le défi consiste désormais à structurer une chaîne de valeur intégrée, allant de la recherche scientifique jusqu’à la commercialisation des produits finis, afin que l’Afrique transforme davantage ce qu’elle produit.

La science comme moteur de la cosmétique africaine

Parmi les personnalités distinguées figurent plusieurs scientifiques dont les travaux contribuent à faire progresser la recherche dédiée aux peaux africaines et à la valorisation des ressources végétales locales.

Dr Geneviève Agbetiafa, fondatrice de BEL’AURA Dermocosmetics, est reconnue pour son expertise en dermocosmétique appliquée aux peaux noires et métissées. À travers ses recherches, ses formulations et son engagement dans l’éducation des consommateurs, elle participe à l’émergence d’une cosmétique africaine fondée sur des bases scientifiques solides.

Dr Ekpetsi Chantal Bouka Goto, directrice des laboratoires de l’ITRA et responsable Recherche & Développement de la VMB, œuvre à transformer des ressources telles que le karité, le moringa ou encore le baobab en ingrédients cosmétiques à forte valeur ajoutée, ouvrant ainsi la voie à une industrie davantage tournée vers l’innovation.

Dr Manon Aminatou, pharmacologue et toxicologue européenne originaire du Cameroun, apporte son expertise en matière de normalisation et de qualité. Son rôle est déterminant pour accompagner la construction d’une filière répondant aux standards internationaux, condition essentielle à l’exportation.

Dr Comlan Atsu Agbobli, ancien directeur général de l’ITRA, chercheur et écrivain, défend quant à lui une approche intégrée reliant agriculture durable, recherche scientifique et industrie cosmétique, convaincu que la compétitivité commence dès la valorisation des ressources agricoles.

Des leaders qui donnent un cadre à une industrie d’avenir

La VMB a également distingué des personnalités dont les parcours renforcent la gouvernance et l’ouverture internationale de cette initiative.

Le professeur Yves Madow Nagou, économiste et ancien ministre ayant occupé plusieurs portefeuilles gouvernementaux, préside la Commission Éthique de la VMB. Son expérience institutionnelle constitue un atout majeur pour asseoir la crédibilité et la gouvernance de cette dynamique continentale.

Le Dr Mathias Mondo, recteur de l’ISIMMA et diplômé de l’Université Paris-Dauphine, est reconnu pour son expertise dans les technologies numériques. Son ambition consiste à mettre le digital au service de la formation, de la professionnalisation et de l’industrialisation des métiers de la beauté.

L’ambassadeur Anicet Gabriel Kotchofa, ancien diplomate béninois et professeur à Moscou, a été distingué pour son action en faveur de l’ouverture de la VMB vers les marchés internationaux, notamment ceux de la Communauté des États indépendants (CEI), contribuant ainsi au rayonnement de la cosmétique africaine.

Les entrepreneurs qui transforment la vision en emplois

Au-delà de la recherche et des politiques publiques, la Vallée des Métiers de Beauté met également en lumière des entrepreneurs qui font vivre cette ambition sur le terrain.

Inès Ayoko Kinvi, fondatrice de Prospera Beauty Academy et présidente du ReFADI, s’est imposée comme l’une des principales promotrices de la professionnalisation des métiers de la beauté au Togo. En formant chaque année des centaines de femmes, elle contribue à faire de ce secteur un véritable levier d’autonomisation économique.

Au Mali, Soreya Adam Sylla, fondatrice de Maison Karit’Or, démontre qu’il est possible de transformer le beurre de karité en une marque premium à vocation internationale, tout en conservant un ancrage entièrement africain.

Dr Sena Aluka, directeur général de JVE et ambassadeur itinérant de la VMB, rappelle que l’avenir de la cosmétique africaine est indissociable de la préservation des écosystèmes. Pour lui, protéger les forêts et promouvoir l’agroécologie revient à préserver les fondements mêmes de cette industrie.

Enfin, Eric Komi Agbokou est honoré pour son engagement constant en faveur de la consommation locale. Son plaidoyer contribue à renforcer une culture économique où acheter des produits fabriqués localement devient un acte citoyen, patriotique et créateur de richesse.

Une feuille de route tournée vers la souveraineté économique

Au-delà des distinctions, cette cérémonie marque le lancement d’une nouvelle phase de développement de la Vallée des Métiers de Beauté. L’organisation prévoit, dans les prochains mois, le déploiement d’une zone pilote avant une extension progressive dans plusieurs districts et communes du Togo.

L’ambition est de bâtir un véritable écosystème intégré, reliant producteurs agricoles, laboratoires, centres de formation, unités industrielles et marchés de commercialisation. Une approche qui vise à faire émerger une filière africaine capable de créer des emplois qualifiés, d’accroître la transformation locale et de renforcer la compétitivité du continent sur un marché mondial en pleine expansion.

À travers cette initiative, la Vallée des Métiers de Beauté défend une conviction forte : la beauté et le bien-être ne constituent plus uniquement des secteurs de consommation. Ils représentent désormais des moteurs de développement économique, d’innovation et de souveraineté industrielle pour l’Afrique. En consacrant ces onze pionniers, la VMB célèbre autant des parcours d’excellence qu’une vision collective : celle d’une Afrique qui choisit de créer, de transformer et de valoriser elle-même sa beauté, son savoir-faire et son avenir.

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