Autrefois vitrine du Togo et fierté de l’Afrique de l’Ouest, Lomé semble aujourd’hui prisonnière d’un mal silencieux qui ronge peu à peu son identité : l’insalubrité chronique. Derrière l’image d’une capitale en pleine modernisation, entre routes rénovées et nouveaux bâtiments administratifs, se cache une réalité bien plus préoccupante : des caniveaux transformés en dépotoirs, des rétentions d’eau envahies par les déchets et une pollution qui dégrade dangereusement le cadre de vie des populations. La question devient alors inévitable : Lomé peut-elle encore retrouver sa beauté d’antan ?
Au lendemain des indépendances, la capitale togolaise faisait partie des villes africaines les plus admirées. Sa plage attirait les visiteurs, ses infrastructures hôtelières donnaient du prestige à la ville et l’air y était réputé sain et agréable. Lomé incarnait alors une certaine douceur de vivre qui séduisait aussi bien les Togolais que les ressortissants des pays voisins, notamment ceux du Bénin et du Ghana. Aujourd’hui, cette image s’effrite sous le poids des comportements inciviques et d’une urbanisation parfois mal maîtrisée.
Le spectacle offert dans plusieurs quartiers de la capitale est alarmant. Les caniveaux, censés faciliter l’évacuation des eaux, sont obstrués par des sachets plastiques, des restes alimentaires, des débris ménagers et parfois même des excréments. Sous l’effet de la chaleur, les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent deviennent presque irrespirables. Certaines zones de rétention d’eau ont perdu leur vocation initiale pour devenir de véritables décharges à ciel ouvert.
Cette situation n’est pas seulement une question d’esthétique urbaine. Elle constitue avant tout une grave menace environnementale et sanitaire. Les déchets accumulés favorisent la prolifération des moustiques et des bactéries responsables de nombreuses maladies comme le paludisme, les infections respiratoires ou encore les maladies diarrhéiques. Les inondations récurrentes observées à Lomé trouvent également leur origine dans cette mauvaise gestion des déchets. Lorsque les caniveaux sont bouchés, les eaux de pluie stagnent et envahissent les habitations, provoquant des pertes matérielles considérables et accentuant la précarité des populations.

Au-delà des responsabilités des autorités municipales, il serait toutefois simpliste de rejeter toute la faute sur l’État. Le mal est aussi profondément culturel et comportemental. Beaucoup de citoyens continuent de jeter les ordures dans les rues ou dans les caniveaux sans mesurer les conséquences de leurs actes. Cette banalisation de l’incivisme environnemental fragilise tous les efforts entrepris dans le cadre des opérations de salubrité publique, notamment les journées « Togo Propre » organisées chaque premier samedi du mois.
Pourtant, sauver Lomé reste possible, à condition d’engager une véritable révolution des mentalités. La lutte contre l’insalubrité ne peut se limiter à des campagnes ponctuelles de nettoyage. Elle doit s’appuyer sur une politique durable mêlant éducation citoyenne, renforcement des sanctions contre les actes d’incivisme et amélioration du système de collecte des déchets. Les écoles, les médias, les associations de jeunes et les leaders communautaires ont un rôle crucial à jouer dans cette prise de conscience collective.
Par ailleurs, l’État doit accélérer les investissements dans les infrastructures d’assainissement, renforcer le contrôle des constructions anarchiques et encourager des initiatives écologiques innovantes, notamment le recyclage des déchets plastiques. Une capitale moderne ne se mesure pas uniquement à ses immeubles ou à ses routes, mais aussi à la qualité de son environnement et au bien-être de ses habitants.
Lomé n’a pas perdu définitivement son éclat. Mais si rien n’est fait, la capitale risque de sombrer davantage dans une crise environnementale dont les conséquences seront lourdes pour les générations futures. La renaissance de la ville dépend désormais d’un engagement collectif. Car protéger Lomé, c’est protéger la santé publique, l’économie locale et l’image même du Togo.