L’eau peut nourrir, soigner et soutenir des économies entières. Mais lorsqu’elle devient le réceptacle des eaux usées, des déchets, des pesticides ou des rejets industriels, elle se transforme en menace silencieuse. La pollution des cours d’eau, des lacs, des nappes souterraines et des zones côtières ne dégrade pas seulement les paysages : elle fragilise les écosystèmes et expose directement les populations à des risques sanitaires.
Au Togo, la question revêt une importance particulière. Le pays dispose d’importantes ressources hydriques, notamment à travers les bassins de l’Oti, du Mono et du système du lac Togo, ainsi que des eaux souterraines. Mais ces ressources subissent plusieurs pressions : insuffisance d’assainissement, contamination bactérienne, nitrates, métaux lourds, activités agricoles, rejets industriels et changements dans l’occupation des sols. Le rapport sur l’état de l’environnement du Togo souligne également que les effluents industriels rejetés sans traitement peuvent favoriser l’eutrophisation des eaux de surface.
Des écosystèmes directement menacés
La pollution de l’eau ne se limite pas à rendre une rivière impropre à la consommation. Elle bouleverse tout un équilibre biologique.
Les engrais agricoles riches en azote et en phosphore peuvent, lorsqu’ils atteignent les cours d’eau, provoquer une prolifération excessive d’algues. Ce phénomène, appelé eutrophisation, peut réduire la quantité d’oxygène disponible dans l’eau et provoquer la disparition de certaines espèces aquatiques. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la pollution par les nutriments peut entraîner la perte d’habitats et de biodiversité, des proliférations d’algues toxiques et des mortalités de poissons.
Les substances chimiques constituent une autre source de préoccupation. Certains produits peuvent s’accumuler dans les organismes aquatiques et perturber durablement les chaînes alimentaires. Les poissons et autres espèces ne sont alors plus seulement victimes de la dégradation de leur habitat : ils peuvent devenir des vecteurs de contaminants dans l’alimentation humaine.
Le constat dépasse d’ailleurs les frontières togolaises. En 2024, l’ONU et le PNUE ont indiqué qu’au moins la moitié des pays du monde connaissent une dégradation d’un ou plusieurs types d’écosystèmes d’eau douce. Les cours d’eau, les lacs et les aquifères sont notamment affectés par la diminution des débits, la disparition ou la réduction de certaines surfaces en eau et l’augmentation de la pollution.
Quand l’eau polluée devient une menace sanitaire
Le problème environnemental devient immédiatement une question de santé publique lorsque les populations utilisent une eau contaminée pour boire, cuisiner, se laver ou irriguer leurs cultures.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle que l’eau contaminée peut transmettre notamment la diarrhée, le choléra, la dysenterie, la fièvre typhoïde et la poliomyélite. En 2022, au moins 1,7 milliard de personnes dans le monde utilisaient encore une source d’eau potable contaminée par des matières fécales. L’OMS estime par ailleurs que l’eau insalubre, l’assainissement insuffisant et l’hygiène déficiente constituent une cause majeure de maladies évitables.
Chez les enfants, les conséquences peuvent être particulièrement lourdes. Selon l’OMS, les maladies diarrhéiques provoquent chaque année environ 443 832 décès chez les enfants de moins de cinq ans. Une part importante de ces maladies peut être prévenue grâce à l’accès à une eau potable sûre, à l’assainissement et à une bonne hygiène.
La pollution chimique constitue un autre risque, parfois moins visible. L’OMS souligne que certains contaminants peuvent provenir des activités humaines ou être naturellement présents dans les eaux souterraines. Selon leur nature et leur concentration, ces substances peuvent présenter des risques sanitaires lorsqu’elles sont consommées sur une longue période.
Au Togo, une pression multiple sur les ressources en eau
Le rapport sur l’état de l’environnement du Togo décrit une situation où plusieurs facteurs se conjuguent. L’agriculture peut contribuer à la pollution par les engrais et les pesticides. Les activités industrielles peuvent générer des effluents. L’urbanisation et les insuffisances d’assainissement augmentent également la pression sur les ressources hydriques.
Dans le Grand Lomé, la question des eaux souterraines est particulièrement stratégique. Le rapport indique que la nappe du Continental Terminal fournit une part importante de la consommation en eau de la capitale et qu’elle est exposée à différentes pressions, notamment à l’intrusion saline.

Cette situation montre que protéger l’eau ne consiste pas uniquement à traiter l’eau au moment où elle arrive au robinet. La protection commence beaucoup plus en amont : dans les bassins versants, les zones humides, les nappes souterraines, les cours d’eau et les espaces agricoles.
Des solutions qui passent d’abord par la prévention
La lutte contre la pollution des eaux repose sur plusieurs leviers : traitement des eaux usées, contrôle des rejets industriels, meilleure utilisation des pesticides et engrais, protection des zones humides, gestion des déchets et surveillance régulière de la qualité des eaux.
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Le PNUE souligne notamment que les activités agricoles, les eaux usées, les déchets industriels, les plastiques, la destruction des habitats et certaines transformations hydrologiques constituent des pressions majeures sur la qualité des eaux.
L’enjeu est donc double : préserver une ressource indispensable à l’être humain et maintenir les écosystèmes qui dépendent de cette ressource.
La protection de la biodiversité aquatique n’est pas une préoccupation éloignée des réalités quotidiennes. Une rivière polluée, un lac dégradé ou une nappe contaminée peuvent affecter simultanément les poissons, les agriculteurs, les pêcheurs, les ménages et les enfants.
Protéger l’eau, c’est ainsi protéger un écosystème dont l’être humain fait lui-même partie.