En Afrique de l’Ouest, l’accès des populations à une cuisson propre demeure l’un des principaux défis énergétiques. La Banque mondiale estime que la plupart des ménages (environ 80 %) en Afrique, dépendent encore de la biomasse traditionnelle comme principal combustible de cuisson. Dans plusieurs pays de la région, les combustibles issus de la biomasse (bois-énergie et charbon de bois) représentent en effet plus de 90 % des besoins énergétiques des ménages, notamment dans les zones rurales et périurbaines. L’utilisation de ces combustibles entraîne la mort de 250 000 personnes par an, principalement des femmes et des enfants de moins de cinq ans, dans la région de la CEDEAO, à cause de la pollution de l’air intérieur. Cette utilisation répandue de fourneaux et de combustibles inefficaces est également l’une des principales causes de la déforestation dans la région.
Pour faire face à cette situation, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et ses partenaires internationaux de développement ont mis en œuvre le programme Régionale pour une cuisine propre en Afrique de l’Ouest (ReCCAWA), annoncé à la deuxième réunion du comité de pilotage de l’Initiative à son au siège le 18 septembre 2026 à Abuja.
l’heure est à la mobilisation
17 millions d’euros. C’est l’engagement financier de l’Union européenne et du ministère néerlandais des Affaires étrangères en faveur de la cuisson propre en Afrique. L’initiative vise 750 000 personnes dans la région pour l’accès à des modes de cuisson modernes et durables.
Lors de la réunion, les partenaires ont fait le point sur les progrès techniques, renforcé l’appropriation nationale et harmonisé les cadres politiques régionaux, les engagements en matière d’égalité des sexes et les stratégies de développement du marché. Le comité de pilotage est présidé par la Direction de l’énergie et des mines de la Commission de la CEDEAO.
L’honorable Amin Amidu Sulemani, commissaire de la CEDEAO chargé des infrastructures énergétiques, de l’énergie et de la numérisation, a expliqué que le ReCCAWA constitue une réponse s’inscrivant dans le cadre des objectifs régionaux en matière de bioénergie et d’efficacité énergétique, visant à garantir l’accès à des modes de cuisson propres à 750 000 personnes.
« La cuisine propre reste une action prioritaire pour stimuler le développement durable en Afrique de l’Ouest, avec des avantages sur tous les fronts : environnement, économie, inclusion et santé. Cela s’inscrit dans l’engagement de l’UE en faveur de la cuisine propre en Afrique de l’Ouest et à l’échelle mondiale. L’accent sera de plus en plus mis sur les investissements dans la production locale de solutions adaptées, conformément à la stratégie « Global Gateway » de l’UE », a souligné Massimo DE LUCA, responsable des partenariats de la délégation de l’UE au Nigeria et auprès de la CEDEAO.
Appel à la transparence
S’exprimant au nom de l’ambassade des Pays-Bas et du ministère des Affaires étrangères, le chef de mission adjoint de l’ambassade des Pays-Bas, Ronald Sonnemanas, a souligné qu’avec seulement un quart des Africains de l’Ouest ayant accès à des moyens de cuisson propres, la dynamique politique autour de la transition vers les énergies propres s’intensifie à l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies. Il a salué le travail préparatoire et d’inventaire réalisé jusqu’à présent et a déclaré que la prochaine phase, cruciale, devait traduire ce travail de fond en une mise en œuvre concrète et tangible. Il a également appelé à un leadership fort de la CEDEAO et à une appropriation politique afin d’ancrer les politiques régionales dans les cadres nationaux, tout en exhortant explicitement le comité à garantir une mise en œuvre transparente, un alignement stratégique étroit et des liens démontrables entre les dépenses financières et les impacts sur le terrain.
Une course contre la montre
L’initiative est mis en œuvre conjointement par le Centre de la CEDEAO pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (ECREEE), l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) et l’Agence néerlandaise pour les entreprises (RVO). Ces engagements successifs rappellent que la cuisson propre reste l’un des défis énergétiques majeurs du continent africain. Au delà des effets immédiats sur la santé, les pratiques traditionnelles de cuisson ont aussi un lourd impact climatique, en alimentant les émissions de gaz à effet de serre et en accélérant la dégradation des massifs forestiers.
Moulikatou S.