Les mariages précoces, les grossesses en milieu scolaire et les pesanteurs sociales continuent de compromettre l’avenir de nombreuses filles au Togo. Face à ces obstacles, le gouvernement entend renforcer leur protection et leur ouvrir davantage les portes de la formation qualifiante, des filières industrielles et des postes de décision. C’est dans cette perspective que Kpalimé, dans la commune de Kloto 1, a accueilli le 9 octobre 2026 la célébration nationale de la Journée internationale de la fille, placée sous le thème : « Promouvoir l’excellence chez les filles dans les filières porteuses pour un développement inclusif et durable ».
Célébrée dans le monde entier ce 11 octobre autour du thème « Mettre fin au mariage d’enfants et investir dans les droits des filles », cette journée rappelle l’ampleur des inégalités auxquelles les jeunes filles restent confrontées et la nécessité de transformer les engagements en actions concrètes.
Martine Moni Sankaredja appelle les filles à viser l’excellence
À Kpalimé, la ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’enfance, Martine Moni Sankaredja, a exhorté les jeunes filles à croire en leurs capacités et à ne pas laisser les préjugés déterminer leurs ambitions. Elle les a notamment invitées à investir les domaines de formation et les espaces de décision dont elles demeurent encore trop souvent éloignées.
« Osez rêver grand, osez viser l’excellence et projetez-vous là où se prennent les décisions. Votre avenir ne doit être limité ni par les préjugés, ni par les stéréotypes, mais porté par vos compétences et vos aspirations », a-t-elle déclaré.
Pour la ministre, la promotion des droits des filles ne saurait relever de la seule responsabilité des pouvoirs publics. Familles, communautés, établissements scolaires et organisations de la société civile doivent conjuguer leurs efforts pour bâtir un environnement dans lequel chaque fille peut apprendre, s’épanouir et contribuer pleinement au développement du pays.
Mariages précoces et grossesses scolaires : des obstacles persistants
L’urgence de cette mobilisation dépasse les frontières togolaises. Rappelant la résolution 66/170 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 19 décembre 2011, la ministre a souligné la portée de cette journée consacrée aux droits des filles. À l’échelle mondiale, les difficultés demeurent considérables : près d’une fille sur cinq n’achève pas le premier cycle de l’enseignement secondaire, tandis qu’environ 12 millions de jeunes filles sont mariées de force chaque année. À cela s’ajoute une charge disproportionnée de travaux domestiques non rémunérés qui réduit leur temps d’apprentissage et leurs possibilités d’émancipation.
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Le message du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’inscrit dans cette même logique : investir dans l’éducation et la santé des filles constitue une condition essentielle à la construction de sociétés pacifiques et prospères.
Au Togo, les réalités locales témoignent de la persistance de ces difficultés. Le représentant résident de Plan International Togo, Ousseynou Samb, a notamment évoqué les mariages d’enfants, les violences, les grossesses précoces et les normes sociales discriminatoires qui entravent le parcours de nombreuses adolescentes.
L’organisation promeut notamment l’initiative « Filles aux commandes », destinée à renforcer le leadership des jeunes filles et à leur permettre de mieux faire entendre leur voix dans les espaces de décision.
Le préfet de Kloto, Bertin Koku Assan, a, pour sa part, attiré l’attention sur les grossesses en milieu scolaire. Selon les chiffres présentés lors de la cérémonie, 374 cas ont été enregistrés en trois ans dans la préfecture. Un bilan qui appelle à redoubler d’efforts pour préserver la scolarité des adolescentes, prévenir les grossesses précoces et limiter les risques d’abandon scolaire.
Formation technique : davantage de filles dans les filières industrielles
Au-delà de la protection contre les violences et les pratiques préjudiciables, l’accès des filles aux formations qualifiantes constitue un autre enjeu majeur. Le gouvernement togolais entend notamment encourager leur orientation vers les filières techniques et professionnelles, longtemps marquées par une faible représentation féminine.
Les chiffres disponibles font état d’une progression de la proportion de filles dans les filières industrielles de l’enseignement technique, passée de 5,3 % en 2013-2014 à 10,41 % en 2022-2023. Cette évolution traduit une avancée, mais souligne également l’ampleur du chemin restant à parcourir pour parvenir à une participation plus équilibrée.
L’implantation des Instituts de formation en alternance pour le développement (IFAD), l’octroi de bourses et les initiatives en faveur du leadership féminin figurent parmi les leviers mobilisés pour élargir les perspectives professionnelles des jeunes filles. Le cadre juridique est également mis à contribution, notamment avec la loi de décembre 2022 relative à la lutte contre les violences sexuelles en milieu éducatif.
L’objectif est de permettre aux filles de choisir leur orientation en fonction de leurs aptitudes et de leurs ambitions, sans être freinées par les stéréotypes qui continuent d’associer certaines professions aux hommes.
Des modèles de réussite pour inspirer les jeunes générations
La célébration de Kpalimé a également accordé une place particulière à la valorisation du mérite et à la promotion du leadership féminin. Dans le cadre de l’initiative « Filles aux commandes », une jeune fille a symboliquement pris les rênes du ministère pendant trois jours. Elle a participé à des audiences officielles et porté la voix de sa génération, illustrant la capacité des jeunes filles à s’approprier les espaces de responsabilité.
La cérémonie a aussi permis de récompenser les meilleures lauréates du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) 2026 de la région éducative Plateau-Ouest. Une manière de saluer leurs performances scolaires et d’encourager d’autres élèves à poursuivre leurs efforts.
Au-delà des discours et des distinctions, le défi reste de traduire ces initiatives en changements durables dans les familles, les écoles et les communautés. La lutte contre les mariages précoces, les violences et les grossesses en milieu scolaire doit aller de pair avec un accès équitable à l’éducation, à la formation professionnelle et aux responsabilités.
En mettant l’accent sur l’excellence et les filières porteuses, le Togo entend faire de l’autonomisation des filles un levier de développement inclusif et durable à l’horizon 2031. La portée de cet engagement se mesurera toutefois à sa capacité à garantir à chaque fille les moyens de poursuivre ses études, de choisir son avenir et de participer pleinement à la vie économique et sociale.
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