La lutte contre l’érosion côtière au Togo est une priorité environnementale et économique absolue pour le pays, dont le littoral recule de 5 à 10 mètres par an en moyenne. Depuis plus d’une décennie, le pays fait face à une érosion côtière agressive qui a déjà englouti des villages entiers, des infrastructures routières et des terres agricoles. Face à cette menace, le gouvernement déploie une stratégie d’envergure, combinant de lourds investissements structurels et des réformes juridiques.
Une avancée majeure pour la sauvegarde du littoral
Le lundi 6 octobre 2026, le ministère de l’Environnement, des Ressources Forestières, de la Protection Côtière et du Changement Climatique a procédé à la réception provisoire de 26 nouveaux épis côtiers sur le tronçon stratégique Gbodjomé-Agbodrafo-Goumoukopé-Kpémé.
Cette nouvelle réception marque une étape décisive dans la stratégie nationale de protection du littoral.
À quoi servent exactement les épis ?
Les épis sont des ouvrages de protection en enrochement, perpendiculaires à la plage. Leur mission est double : stabiliser le trait de côte et freiner l’intrusion de la mer en piégeant le sable transporté par les courants littoraux.
Selon le ministère de l’environnement, les travaux ont été exécutés conformément aux normes techniques internationales, garantissant leur durabilité face aux houles fortes et à la montée du niveau de la mer.
Au-delà des 26 épis, le projet prévoit également le comblement des bras morts des lagunes et la restauration de zones humides, indispensables pour absorber les crues et restaurer l’équilibre écologique.
Des chantiers d’envergure transfrontaliers
Le projet vise une action coordonnée avec le Bénin, pays voisin pour éviter que la protection d’un côté de la frontière n’aggrave l’érosion de l’autre.
Lire aussi : Togo : la première Foire Agricole et Artisanale des Savanes s’annonce du 21 au 27 décembre 2026
Le Projet d’Investissement pour la Résilience des Zones Côtières en Afrique de l’Ouest (WACA ResIP) est le fer de lance de cette lutte. Financés à plus de 40 milliards de FCFA par le gouvernement togolais auprès de ses partenaires à savoir l’Agence française de développement (AFD) et d’Invest International, avec la Banque mondiale comme agence d’exécution, ces ouvrages font l’objet d’une période de garantie couvrant les infrastructures jusqu’en octobre 2027, période à laquelle interviendra la réception définitive.
Cette coopération internationale permet au Togo d’accélérer son plan de résilience côtière, évalué à plusieurs dizaines de milliards de FCFA, et de protéger plus de 50 km de côte.
De 14 à 40 ouvrages : Le littoral change de visage
Ces 26 nouveaux épis viennent s’ajouter aux infrastructures déjà réalisées dans le cadre de la première phase sur le même axe : 7 épis nouvellement construits à Agbodrafo; 6 anciens épis réhabilités et renforcés, 1 brise-lames prolongé de 200 mètres à Aného pour protéger la ville historique.
Au total, 14 infrastructures avaient déjà été livrées. Avec cette seconde phase, le Togo porte à 40 le nombre d’ouvrages modernes de protection sur l’axe Aného – Kpémé.
Ce qui signifie, selon le ministère, que les plages de Gbodjomé à Kpémé vont commencer à s’engraisser naturellement en sable, les habitations seront moins exposées aux submersions et les pêcheurs pourront de nouveau sécuriser leurs pirogues.
Quel impact pour les populations ?
Pour les communautés de Gbodjomé, Agbodrafo, Goumoukopé et Kpémé, qui vivent de la pêche artisanale, du maraîchage et du tourisme, c’est un soulagement. Ces ouvrages protègent non seulement les maisons, mais aussi les sites sacrés, les hôtels et la route qui relie Lomé à Aného.
Bénéfices pour les communautés
Ces investissements physiques et écologiques ont permis de mettre des milliers de ménages à l’abri de la submersion marine entre Gbodjomé, Agbodrafo et Aného. En stabilisant le rivage, le Togo restaure également l’économie locale : les espaces de ponte pour les tortues et de traction pour les filets des pêcheurs sont de retour, tandis que le tourisme balnéaire peut à nouveau se développer sur un littoral pacifié.
Le Togo confirme ainsi son ambition : passer d’une logique de réparation d’urgence à une stratégie durable de protection côtière face au changement climatique.
Moulikatou S.